dimanche 20 avril 2008

Mille Vrais Fans

Un bon millier d'adeptes suffirait à un artiste pour mener une carrière décente loin des majors. Tel est le constat déflagrant de Kevin Kelly, père spirituel de la net-économie et du Web 2.0.

En 1997, le techno-utopiste californien se fit connaître grâce à ses Douze principes de l'économie en réseau qui n'ont point vieilli d'une seule ligne. Dans la continuité de cet article révolutionnaire, Kevin Kelly posa en 2005 les bases théoriques et les lignes de force du Web 2.0 dans We are the web. Avec 1000 True Fans, il commence où la Longue traîne s'est arrêtée, autre concept e-conomique fondateur forgé par son ex-collègue Chris Anderson qu'il précéda à la direction de Wired. Chaque fois qu'un ponte de ce webzine ultime harangue les cybermasses, les PDG des industries culturelles causent quelque rétention d'eau à leurs assistantes...

Le cercle des templiers

Selon KK, si la longue traîne introduit une compétition saine, une diversité astronomique de l'offre culturelle et une pression à la baisse sur les prix, le tout hautement bénéfique pour le consommateur, elle n'est guère un vecteur de ventes significatives pour l'artiste individuel (musicien, écrivain, peintre, sculpteur, BDessinateur, designer, vidéaste, etc) sauf si celui-ci agrège massivement les travaux de ses pairs ou parvient à produire le hit/best-seller/blockbuster de l'année...

D'où la nécéssité de conquérir 1000 vrais fans pour se forger une carrière décente et stable : « le vrai fan est celui qui achètera tout ce vous produirez. Ils rouleront 200 miles pour vous voir chanter. Ils achèteront la réédition haute définition de votre coffret deluxe même si elle n'est qu'en définition classique. Ils ont une Alerte Google sur votre nom. Ils ont un lien eBay permanent vers vos publications inédites. Ils assistent à vos premières. Ils veulent votre signature sur leurs autographes. Ils achètent le T-shirt, le mug et le chapeau. Ils peuvent attendre jusqu'à ce que vous publiez votre dernière oeuvre. Ils sont les Vrais Fans ».

Afin d'échapper au rase-mottes de la longue traîne, l'artiste doit convertir dès que possible le premier millier de fans en un millier d'inconditionnels, et maintenir un contact direct et permanent avec eux. Ce contact rend le créateur plus authentique, l'incite à focaliser sur sa vocation et le rend d'autant plus appréciable aux yeux de ce carré fidèle qui l'en récompensera davantage. En plus de raffermir le lien avec ces 1000 à très peu de frais, blogs, flux RSS, réseaux sociaux et sites web non-officiels dupliquent et disséminent à une vitesse photonique toute l'infopublicité sur les moindres faits et gestes de l'idole. Grâce aux couts marginaux quasi-nuls des TIC, point besoin d'une major ou d'un million de fans pour générer un buzz digne de ce nom.

Le raffermissement et l'expansion du premier cercle des 1000 influe directement sur un second cercle concentrique : celui des fans réguliers et/ou flottants qui n'achètent que les produits phares; le rêve ultime de tout créateur étant d'élargir son périmètre de fans autant que possible. Chaque vrai fan étant prêt à dépenser un voire plusieurs jours de salaire pour soutenir son idole. D'où ce bang arithmétique : 100 dollars/an X 1000 fans = 100 000 dollars par an, de quoi vivre confortablement même en déduisant plusieurs charges quotidiennes.

Qu'en est-il lorsqu'il s'agit d'un duo, d'un quator, d'une équipe de designers ou d'acteurs vidéo ? Le nombre de fans est proportionnel à l'effectif du groupe : si celui-ci augmente de 33%, alors 33% d'adeptes supplémentaires lui seront nécéssaires. Par ailleurs, ce seuil quantitatif dépend du média concerné : peut-être 500 fidèles pour un peintre ou 5000 pour un réalisateur vidéo. A défaut de ne pouvoir s'impliquer individuellement ou collectivement dans cette gestion clientèle & relations publiques, le créateur ou le groupe peut recourir aux services d'un agent/manager, tous deux opérant conjointement dans la quête et la fidélisation perpétuelles des mille et un fans. Pourquoi un manager plutôt qu'un label ou une maison d'édition ? Parce qu'en plus d'être royaltivore - équilibre des comptes, quand tu nous tiens ! - cette structure est plutôt facteur d'inertie dans la captation des 1000.

Percutant et pertinent, Sir Kelly. Toutefois, je recommande vivement au lecteur de parcourir attentivement le document initial qui comporte une série d'exemples et de détails bien plus enrichissants que cette synthèse supersonique.

Y a du larsen !

Le premier à pourfendre la théorie des 1000 vrais fans est Will Page dans The Register, économiste au MCPS-PRS Alliance, association à but non-lucratif représentant les auteurs-compositeurs britanniques. Je mixerai ses principales critiques avec les miennes.

Page constate que le coût de la vie varie selon les villes et les pays. L'artiste préfère très souvent vivre dans ou près des métropoles où « ça brasse » culturellement : New York, Montréal, Londres, Paris, Bruxelles, Barcelone, Rio, etc. Par artiste, on n'entend pas forcément le JJ Cale de votre bled natal, déjà vieux quand vous étiez à l'école maternelle... Plutôt l'éphèbe trompettiste faubourgeois, la ténébreuse guitariste rurale ou le banlieusard turntabliste d'ébène. Vous avez raison : il y a du Bourdieu et du Benetton dans les accords. Il faut être visuel, c'est l'époque qui veut ça...

Combien de fans lui faudra-t-il une fois installé(e) dans cette capitale pour couvrir ses charges courantes : alimentation, logement, transport, fiscalité, couverture sociale, Internet, téléphonie, etc ? N'oublions pas les instruments, l'incontournable équipement de MAO (musique assisté par ordinateur) et leurs accessoires respectifs : bref, du matériel aussi onéreux qu'énergivore. Heureusement, les logiciels sont le plus souvent craqués ou offerts par des potes quand des gratuiciels équivalents ne sont pas disponibles. Imaginons que nos trois anti-stars United Colors forment un trio, de combien de fans et donc de cash (en valeur marchande locale) auront-ils globalement besoin pour mener une carrière individuelle et/ou collective décente ?

Si Radiohead, Nine Inch Nails, Madonna et Barbara Hendricks, chacun fort d'une notoriété mondiale acquise à l'ère du CD, se sont affranchis de leurs majors pour une aventure en solitaire déjà flamboyante, chacun est néanmoins entouré d'une brigade légère spécialisée en e-marketing, en loisirs numériques, en droit des TIC et en gestion des recettes issues de leurs propres univers en ligne, de iTunes, d'Amazon, etc. A l'heure actuelle, de tels éléments même réduits à leur plus simple expression demeurent indispensables afin que l'artiste voit la couleur de l'argent des 1000. Qui parie sur une éventuelle gratuité de ces cybermercenaires du décibel ? Posez tout sur la table, je m'occupe du reste...

En outre, les marchés de la création artistique et du « fanartisme » sont sujets à une compétition féroce, rares donc sont les créateurs détenant un monopole sur leurs fans, aussi obsédés soient-ils. Aujourd'hui, il faut inévitablement compter avec les effets tant complémentaires que concurrentiels des hyperliens du type « ceux qui ont aimé/acheté X ont également apprécié Y ». Pour peu que mon budget fanartique soit alloué à un seul musicien ou écrivain, comment pourrai-je en découvrir et récompenser d'autres, à fortiori dans cette longue traîne composée de micro-niches par myriades ?

Pour ma part, la théorie des 1000 vrais fans doit être complétée par « Surviving strategies for emerging artists and megastars » de David Byrne, à ce jour le meilleur guide opérationnel de survie et d'émergence du musicien au-delà de la page Myspace, également publié dans Wired.

L'ex-leader des Talking Heads affirme que malgré ses merveilles passées – dont il admet avoir largement bénéficié – l'industrie musicale « n'était plus une industrie de production musicale mais une industrie de vente de CD dans des boîtes en plastique ». Ce modèle économique étant décédé, six nouveaux business models émergent peu à peu. Je ne saurai que trop conseiller au jeune talent de parcourir lui-même leur exhaustive description. Ces modèles e-conomiques émergents ne sont point absolus et généraux mais protéiformes, évolutifs et ultra-personnalisés, marché de niches et effervescence technologique obligent : « certains seront du Coca et du Pepsi tandis que d'autres seront du vin fin ou de l'excellente bière de contrebande faite maison ».

A terme, les labels laisseront la place à de petites structures virtuelles qui canaliseront les charges et les profits provenant de diverses plate-formes numériques, réactualiseront et consolideront les comptes en continu. United Musicians préfigure ce genre d'entités. L'artiste gagnera pécunièrement beaucoup plus d'un album vendu sur iTunes que dans des racks CD et devra, dans la mesure du possible, détenir la totalité de ses copyrights et de ses droits d'auteur. Ceux-ci ne constituent pas seulement son plan-retraite mais aussi ses atouts-maîtres vers les médias du futur... comme les audio-implants cérébraux.

D'une certaine façon, Kevin Kelly fournit la motorisation et David Byrne offre la direction et les pneus, chaque artiste conçoit ensuite ses propres carrosserie et aérodynamique grâce au Do It Yourself savamment expliqué en deux volets (partie 1, partie 2) par Alban Martin et Sylvie Krstulovic, gourous français de la musique numérique.

Je cite un de leurs exemples : « La promotion de Fiona Apple s'est déroulée sur les réseaux P2P. Il faut rappeler qu'Epic garde depuis 18 mois son nouvel album sur les étagères sans annoncer de dates de sorties. Fiona a donc indirectement promu ses morceaux sur les réseaux de P2P. Résultat : BigChampagne, une entreprise analysant l'activité des réseaux de P2P, avance le chiffre de 38.000 downloads simultanés a n'importe quel moment de la journée des chansons de Extraordinary Machine, l'album en attente de commercialisation. On sait même que la chanson Please Please Please est la plus téléchargée avec 20.000 downloads simultanés en continu. Autant dire un succès attendu lors de la sortie officielle. »

Au final, j'ai tendance à être indulgent envers KK, sa naïveté d'utopiste n'altère en rien sa pertinence habituelle et son indéfectible avant-gardisme. Sa théorie des 1000 vrais fans doit être considérée comme une brique de plus dans la construction d'un paradigme technico-économique. Aussi brut et imparfait soit-il, ce concept démontre qu'il existe un point d'équilibre entre les flashes du vedettariat et la pénombre de la longue traîne, objectif moins ardu voire plus facile à atteindre pour le jeune talent, à une distance grandissante des hit-parades, de la mode, de la mégalomanie et d'industries culturelles capitalistiques.

Annexes :

  1. Kevin Kelly : 1000 True Fans

  2. Will Page : Can 1000 fans replace the music business ?

  3. Kevin Kelly : Douze Principes de l'Economie en Réseau

  4. Kevin Kelly : We Are the Web

  5. Chris Anderson : la Longue Traîne

  6. David Byrne : Survival Strategies for Emerging Artists and Megastars

  7. Alban Martin et Sylvie Krstulovic : 'Do It Yourself' dans la musique (part.1, part.2)


Article publié et commenté dans Agoravox

vendredi 18 avril 2008

Les hyperliens anti-pédophiles du FBI

Cliquez ici pour recevoir un raid armé à domicile... En attendant Jack Malone et le SWAT, préparez-vous à affronter Jack McCoy.

Protocoles pénitenciaires

Professeur d'université à Media (Pennsylvanie), Roderick Vosburgh cliqua sur un lien de ce type dans un forum X :« Voici l'un de mes favoris : un petit garçon de 4 ans avec son Papa, de l'o... et de l'a... , très chouette ! » Quelques heures plus tard, des casques noirs armés jusqu'aux dents défoncèrent sa porte, le plaquèrent contre un mur puis le menottèrent manu militari. Pendant qu'une grande dame en blouson bleu nuit lui signifiait ses droits et le motif de son arrestation, plusieurs agents du FBI en gants de latex perquisitionnèrent son domicile de fond en comble, saisisirent son matériel électronique (ordinateur, téléphones, appareil photo, caméscope, baladeur, mémoires USB, DVD, etc), son agenda, son carnet de chèques, ses relevés bancaires, son courrier postal...

Nous étions en février 2008. Vosburgh aurait-il physiquement commis des crimes pédophiles sans s'être fait prendre jusqu'ici ? Tout porte à croire que non. Aucune image correspondant aux deux icônes incriminées n'a été trouvée par le redoutable FBI Crime Lab dans ses disques durs. Par ailleurs, son casier judiciaire vierge et son dossier psychiatrique ne révèlent aucun profil ou antécédent à caractère pédophile. L'enseignant n'en était pas au bout de ses peines car le ministère public ne le rata pas.

Conformément à la législation fédérale en matière de « conduite sexuellement explicite », voici ce qu'en dit le procureur général à propos des icônes trouvées dans l'ordinateur de l'accusé: « la première image montre une fille prépubère, complètement nue, debout sur une jambe pendant que l'autre jambe est étendue sur un bureau, exposant ses parties génitales... L'autre image montre quatre filles prépubères couchées dans un lit, leurs jambes écartées, exposant leurs parties génitales. A la vue de cette image, le jury peut raisonnablement conclure que ces quatre filles posaient dans des positions non-naturelles et que le point central de cette image porte sur leurs parties génitales... A partir cet indice, le jury estime qu'il s'agit d'images de mineures ayant une conduite sexuellement explicite, et ne requiert certainement pas une résolution de cristal invoquée comme nécéssaire par le défendeur, mais toujours indisponible ».

Vosburgh fut reconnu coupable par le jury « de clic sur un lien illicite et de possession d'icônes de mineures dénudées ». Le 22 avril, il saura finalement : 1/ s'il passera entre trois à cinq ans derrière les barreaux, 2/ s'il conservera sa chaire d'enseignant à sa sortie de prison, 3/ s'il sera administrativement fiché à vie ou non comme prédateur sexuel.

Dans le Nevada, Travis Carter qui risque jusqu'à dix ans de prison suggéra pour sa défense que son voisin, à portée de son routeur wi-fi, aurait cliqué sur un spam pédophile. De nombreux experts assermentés témoignèrent à la barre que le voisinage immédiat de Carter comprenait une douzaine de maisons, dotée comme la sienne de routeurs wi-fi aux connections non-protégées. Ils ajoutèrent que les icônes incriminées auraient très bien pu être créees automatiquement par le cache de l'ordinateur au moment du clic. Arguments rejetés par la juge selon les termes suivants : « The possibilities of spoofing or other users of an open Wi-Fi connection would not have negated a substantial basis for concluding that there was probable cause to believe that evidence of child pornography would be found on the premises to be searched ».

Au fait, comment en est-on arrivé là ?

Clics et traques

Depuis peu, le FBI a crée de faux sites de téléchargement comme uploader.sytes.net hebergé par no-ip.com, fournisseur de noms de domaines dynamiques à 15 dollars l'année. En réalité, afin de rester dans la légalité, les serveurs gouvernementaux n'archivent aucun fichier illégal mais de remarquables leurres infopublicitaires à caractère pédopornographique. Corollairement, le bureau dissémine des spams et des hyperliens-pièges de Sytes.net dans des forums X classiques comme Ranchi, soupçonné de dissimuler un trafic d'images pédoporno via un serveur nommé rangate.da.ru (aujourd'hui hors service pour « activité non-éthique »). Les serveurs affidavit du bureau retrace et enregistre les adresses IP du moindre cybernaute américain qui cliquerait dessus, sans pour autant déterminer s'il l'a obtenu ce lien sur un forum X ou par e-mail. Des assignations administratives sont aussitôt envoyées aux FAI afin qu'ils fournissent l'identité et l'adresse physique du téléchargeur aussi vite que possible.

Lorsque le FBI a obtenu un mandat fast track d'arrêt et de perquisition, les SWAT embarquent dans leur van noir blindé, quelques véhicules banalisées allument leurs girophares, et tout ce beau monde fonce ensuite chez l'ennemi public numéro un. Aux yeux du bureau, le simple fait de cliquer sur un hyperlien-piège ou de posséder une simple icône thumbs.db pédoporno constitue un crime grave.

Jusqu'ici, une dizaine d'américains est déjà tombée dans cette trappe cyber du FBI : certains sont de véritables prédateurs sexuels et/ou amateurs de pédopornographie, d'autres sont très probablement les victimes directes d'un clic curieux ou malencontreux. Les condamnations de ces derniers font l'objet de vifs débats éthiques chez l'Oncle Sam. Maints juristes invoquent la tolérance zéro pour la protection de l'enfance, d'autres dénoncent cette « exubérante dérive à la Minority Report » qui jettera beaucoup trop d'innocents en cage.

Selon Stephen Saltzburg, professeur de droit à l'université de Washington DC, « les individus qui se connectent aux sites du FBI n'ont subi aucune pression de la part du gouvernement. Ils ne peuvent donc se plaindre du fait que celui-ci les ait incité à faire quelque chose à laquelle ils n'étaient pas déjà prédisposés [...] Il en aurait été tout autrement si le FBI avaient tenté d'encourager ces gens à cliquer sur le lien en incluant des indications équivoques sur la nature légale ou licite des photos ou des vidéos ».

Avocat criminel dans le Cambridge, Harvey Silverglate affirme que « les tribunaux ont été tellement restrictifs dans leur définition de l'entrapment (incitation au délit par un policier afin de justifier une arrestation) et tellement généraux dans leur définition de cause probable que plus rien désormais n'empêchera le FBI d'intervenir à sa guise ».

Les associations pour les droits civiques tirent la sonnette d'alarme : toute personne cliquant pas curiosité ou par inadvertance sur un de ces hyperliens-pièges vivra le même enfer que Vosburgh et Carter. En outre, vu la dérive ultrasécuritaire actuelle, elles craignent fortement que le bureau et d'autres administrations ne généralisent cette méthode dans leurs investigations anti-narcotiques et anti-terroristes.

Et si par malheur, les trop curieux neveux de l'Oncle Sam venaient à cliquer sur ces hyperliens-pièges, Jack Malone et Jack McCoy enverront-ils ces petites têtes dans quelque centre de réeducation pour mineurs ou leurs parents dans une prison du comté ? La clicophobie deviendra-t-elle l'attitude la plus électroniquement correcte ?

Annexes

  1. The Register : FBI agents lured suspects using fake child porn hyperlinks

  2. News : FBI posts fake hyperlinks to snare child porn suspects

  3. Arstechnica : Rick Rolled to child porn = you're a pedophile, says FBI

  4. Hackers.org : Click A Link, Go To Jail


Article publié et commenté dans Agoravox











vendredi 11 avril 2008

Du cockpit au joystick

Des as de l'US Air Force relégués comme pilotes de drones seront bientôt concurrencés par des opérateurs civils. Leur contrôle aérien sera assuré par une intelligence artificielle.

Goodbye Top Gun ! Hello Death Toy ?

Les forces américaines confient un nombre croissant de missions de surveillance, de reconnaissance et d'attaque au sol aux drones aériens tactiques, leur usage ayant plus que doublé sur le second semestre 2007. L'augmentation récente des effectifs militaires US sur les théâtres irakien et afghan y est pour beaucoup.

Comparativement à un chasseur volant en moyenne 4 à 5 heures par sortie, un drone Predator, Global Hawk ou Reaper patrouille dans les airs plus de 20 heures par jour, obligeant ses pilotes distants - au Texas, en Arizona, au Dakota du nord ou en Californie du nord – à effectuer des roulements. La maintenance et le réarmerment sont assurés par du personnel spécialisé sur les théâtres concernés, également soumis à des rotations ténues. En Irak et en Afghanistan, le nombre mensuel d'heures de vol des seuls drones Predator de l'USAF est passé de 2300 en janvier à 4300 en octobre 2007. Sur la même période, les plus petits Hunter, Raven et Shadow ont déjà accumulé plus de 300 000 heures de vol.

Dès lors, « la demande en opérateurs de drones excède considérablement les capacités entières du département de la défense », explique le lieutenant-colonel Larry Gurgainous de l'Unmanned Aircraft Task Force, « à mesure que nous acheterons et utiliserons ces technologies, cette demande croîtra d'autant ». D'ici 2015, le Pentagone prévoit qu'un tiers des forces américaines seront composées de robots grâce au Future Combat Systems, projet doté d'une enveloppe de 230 milliards de dollars, la plus colossale de toute l'histoire militaire américaine. Consécutivement, l'Air Force et l'Army constatent vite que les véhicules aériens automatisés nécéssitent autant voire plus d'effectifs que l'aviation de chasse.

L'USAF et l'Air National Guard durent affecter 120 de leurs champions au radiopilotage des Predator, Global Hawk et Reaper. Plusieurs pilotes et navigateurs basés à Neillis (Nevada) abandonnèrent leurs cockpits pour les centres de commandement - via liaison satellittaire - de drones orbitant au-dessus de l'Irak, de l'Afghanistan... et du Pakistan où des robots volants du DoD mèneraient quelques opérations très spéciales (cf. les relations troubles de Pervez Musharraf avec la CIA). Efficacité, rentabilité, furtivité... Vivement les nano-armements ?

Ces affectations suscitent d'énormes frustrations et pas mal de désarroi chez de très nombreux barons de l'USAF qui préfèreraient de loin tournoyer dans l'espace aérien ennemi à bord de leurs F-16 plutôt que jouer à ces jeux vidéolétaux dans une salle climatisée. « Flyboy yesterday, droneboy today, cryboy tomorrow ».

Dan Cooper et Buck Danny savent-ils que les victimes directes ou colatérales de leurs tirs n'ont même pas eu le temps de prier ? D'ailleurs, pourquoi les blâmer ? Ce sont les ordres, c'est le boulot...

Devrait-on décorer ces Boys pour des actions décisives qu'ils n'ont pas physiquement mené ? Le rêve d'une guerre « zéro mort » - côté yankee, idiots ! - prendra-t-il enfin forme ? Des mamas noires et latinos seront peut-être soulagées de savoir leurs fistons mobilisés derrière ces consoles létales plutôt que positivement discriminés sur un front éloigné ou dans une prison du comté. Dans la marche du Terminatrix, j'avais longuement abordé divers enjeux techniques, tactiques, éthiques et philosophiques soulevés par le déploiement massif de soldats-robots.

Maverick et Goose devront tant bien que mal accepter leurs nouveaux statuts car des loupiottes concurrentes se rapprochent inexorablement.

Tairminator premier prix

L'US Army voit d'un mauvais oeil ces onéreux aces de l'USAF : formation, salaires, couverture sociale et médicale, retraites. Elle compte donc fermement recourir à des opérateurs de drones formés en son sein pour le radiopilotage de ses Sky Warrior. Equipé de huit missiles air-sol Hellfire, plus cossu que le Predator mais moins méchant que le Reaper (Predator-B), ce warbot décolle et atterrit tout seul comme un grand, et nécéssite de facto moins d'attention que ses cousins. Une remarquable avionique permet à l'US Army d'orchestrer une escadre de Sky Warrior pour des missions complexes de reconnaissance et d'attaque au sol. Ce Terminatrix est devenu redoutable dans la neutralisation de mortiers et dans la traque de 4X4/pick-up en relief accidenté.

Last not but least : l'Army verrait d'un bon oeil les services de sociétés privées basées sur le sol américain, spécialisées dans le radiopilotage de drones. Cette approche économique et pratique du corps terrestre suscite bien des réserves et pas mal de tollé chez maints pontes du DoD. « On a affaire à un engin capable d'abattre net huit chars d'assaut. Comment peut-on confier l'usage de cette force létale à un aviateur non-gradé ou à un contractuel civil ? », s'interroge à juste titre un opérateur USAF de Prédator. Les visées de l'Army ne sont ouvertement approuvées voire encouragées que par General Atomics, concepteur du Sky Warrior.

En filigrane, le drone est une blessure narcissique multiple pour l'uniforme blanc : il se substitue progressivement à lui dans les missions de reconnaissance et d'appui-feu, l'asservit et le dévirilise avant de finalement le remplacer par un col blanc. De plus en plus de gradés du corps aérien sont persuadés qu'à long terme, « le drone sera le Napster de toute ou partie de l'aviation de chasse ».

Achtung, robobos !

Dans un registre plus opérationnel, l'US Air Force craint qu'une catastrophe aérienne causée par un « bleu » paralyse les programmes de développement de drones pour plusieurs années. Au petit matin du 25 avril 2006, un Reaper non-armé radiopiloté par un aviateur pourtant expérimenté s'écrasa en Arizona, tout près de la frontière mexicaine. Cet incident déclencha une grave crise entre les US Customs and Border Patrol, gestionnaire de l'appareil dédié à l'électrosurveillance frontalière, et les autorités du transport et du contrôle aériens.

Selon le rapport final du National Transportation Safety Board, une mauvaise coordination entre l'officier USCBP et le pilote fut à l'origine de l'extinction du moteur du Reaper. Constatant tardivement la perte d'altitude de l'engin et son absence de feedback, le pilote réinitialisa immédiatemment toutes les consoles de radiocommande et de navigation. En l'absence de signaux provenant de son centcom, le Reaper doit basculer automatiquement en « safe mode », regagner une altitude de sécurité et emprunter un trajet de secours prédéfini jusqu'à nouvel ordre. Malheureusement, le pilote avait aussi éteint le circuit électrique et le transpondeur du warbot par inadvertance. Les écrans de contrôle du centcom n'affichant plus que de la neige, impossible de savoir si le soldat-robot volait en safe mode ou s'était crashé, d'où une panique généralisée au sein du contrôle aérien et des USCBP.

Dans sa chute, le Reaper était tout simplement passé en-dessous de la couverture radar et du plancher nécéssaire à l'interaction radio avec le centcom. Pour beaucoup d'observateurs – notamment au sein du NTSB et de l'USAF – cet incident fut la preuve flagrante que les drones, aussi perfectionnés soient-ils, n'étaient pas suffisamment sûrs pour voler dans l'espace aérien civil.


En effet, la seule interaction possible entre les avions civils et le contrôle aérien est la communication verbale radio. Or, en plus d'être absolument muet, le drone est rarement équipé d'un radar aérien. A 800 km/h, un pilote de jet commercial peine grandement à apercevoir à temps d'autres petits ou gros appareils, mais jusqu'ici son anticipation et sa réactivité demeurent de loin meilleures à celle d'un warbot. Aux US, les Terminatrix d'électrosurveillance frontalière volent 1000 pieds en-dessous des couloirs aériens civils, une marge suffisante qui comporte tout de même une bonne dose de risques. Cependant, le DoD tient absolument à ce que ces problèmes soient résolus car... l'industrie aérodronautique y tient absolument ! Leur cabinet marketing Teal Aerospace évalue le marché des Unmmaned Aerial Vehicles à 7 milliards de dollars pour la décénnie 2010-2020.

Pour ce faire, USAF et NTSB lorgnent du côté d'Eurocontrol – qui regroupe l'UE et treize états supplémentaires – qui a établi une réglementation très stricte concernant l'usage et le vol d'UAV dans les espaces aériens européens. Leur saturation croissante et l'instauration du ciel unique a incité les armées de l'air et les aviations civiles du Vieux Continent à cogérer et à flexbiliser les couloirs civils et militaires.

Toutefois, les visées technostratégiques de part et d'autre de l'Atlantique divergent radicalement. Aux yeux du DoD, la réglementation européenne est un sérieux coup de frein au Future Combat Systems, programme prévoyant également d'autonomiser complètement les UAV... qui ne seront alors point radiocommandés par des pilotes et/ou assistés par des opérateurs assurant spécialement l'interaction avec le contrôle aérien, et ne pourront effectuer le moindre essai réaliste dans un contexte aussi contraignant ! L'industrie aérodronautique planche déjà sur l'élaboration de systèmes anti-collision intégrés.

Homo sapiens, dégage !

Grâce à un contrat de 207 millions de dollars alloué au consortium ITT Corp – regroupant AT&T, Thales North America, WSI, SAIC, PriceWaterhouseCoopers, Aerospace Engineering, Sunhillo, Comsearch, MCS Tampa, Pragmatics, Washington Consulting Group, Aviation Communications and Surveillance Systems (ACSS), Sandia Aerospace and NCR Corporation - le Federal Aviation Administration étendra la technologie ADS-B (Automatic Dependant Surveillance Broadcast) à l'espace américain, merveilleux complément du radar et du transpondeur dans le contrôle aérien.

En quoi consiste-t-elle ? Imaginez un instant que votre GPS auto indique en temps réel la position exacte des véhicules voisins sur l'autoroute et en ville... Grâce à l'ADS-B, version ultra-amélioré du GPS, les pilotes bénéficient massivement d'une excellente visibilité (type et identification de l'appareil, position, cap, vitesse et trajectoire) du trafic aérien environnant dans les airs et sur la piste. Ainsi, en coordination avec les tours de contrôle et/ou les appareils tous proches, ils peuvent manoeuvrer plus sûrement sur un tarmac encombré par brouillard ou par mauvais temps, et ce, avec des risques réduits de collisions ou d'incursions accidentelles.

Au départ, la FAA testa l'ADS-B en Alaska, immense région au relief accidenté, très peu couverte par les radars, totalisant plus d'un tiers des crashs aériens aux Etats-Unis et d'autant plus hostile en saison hivernale pour les équipes de recherche au sol. Ne nécéssitant aucune infrastructure terrestre dans sa forme la plus pure, l'ADS-B sera généralisée à l'Europe vers 2012.

Néanmoins, cette technologie engendre de sérieuses réserves auprès des contrôleurs aériens, estimant qu'on devrait plutôt augmenter leurs effectifs et construire plus d'aéroports. Les pilotes appréhendent d'être surchargés dans leur gestion avionique et d'être régulièrement confrontés à des contradictions informationnelles et directionnelles entre le contrôle aérien et leurs ADS-B. La FAA et ITT Corp ne devront-ils pas coordonner leurs projets avec celui plus orwellien du DARPA ?

Le CNRS militaire américain a récemment approuvé la deuxième phase du projet GILA (Generalized Integrated Learning Architecture) de Lockheed-Martin, chiffré à plus de 5 milliards de dollars. GILA devra assister et planifier les contrôleurs aériens militaires yankee – dans l'espace aérien comme dans les théatres d'opérations à l'étranger – et même les surpasser « en apprenant constamment à apprendre auprès d'eux ». La fréquentation simultanée de l'espace aérien par les avions civils, les jets militaires et les UAV compliquera à outrance sa gestion globale. D'où la nécéssité de disposer d'un système-expert voire d'une intelligence artificielle en réseaux analysant tout ce trafic astronomique en temps réel, et se substituant au besoin à un contrôleur humain. Chaud.

La Royal Air Force, qui a récemment acquis une flotte de Reaper, a également développé un système du même type qu'elle a baptisée Skynet, dénomination empruntée à son homologue du film Terminator – le soulèvement des machines.

Skynet repose sur cinq satellites conçus par EADS-Astrium et contrôlés par Paradigm Secure Communications. Le premier d'entre eux, Skynet 5A, fut mis en orbite par la fusée Ariane-5ECA en mars 2007, Skynet 5B et 5C le rejoindront cette année. Les Reaper de la RAF dépendront entièrement de Skynet aux dépens des communications radio classiques. D'ores et déjà, le MoD envisage de l'étendre à toute la Royal Air Force, à la Royal Navy et à la Royal Army. Les labos militechno de sa Majesté travaillant d'arrache-pied sur l'élaboration de segments skynetware dédiés aux forces terrestres, aériennes et maritimes. Très chaud.

Isaac Asimov ferait bien de se réveiller, Tom Clancy n'a qu'à bien se tenir...

Annexes :

  1. Aviation : Military Use of Unmanned Aircraft Soars

  2. Air Attack : Chain of successes leads to Reaper operations

  3. Arizona Starnet : Border-watching drone crashes after blackout

  4. The Register : US in move towards GPS-based air traffic control

  5. Flight Global : DARPA extends robot ATC research for UAVs

  6. BBC : British Skynet satellite launched


Article publié et commenté dans Agoravox


mardi 8 avril 2008

De l'entreprise virtuelle agile

Cette cyberpuissance baignera dans le World Wide Computer, flottera sur l'informatique-service virtuellement distribuée et assèchera des océans d'emplois.

Alan Turing dans les nuages

Encore trop peu évoqué dans le monde francophone, le best-seller « The Big Switch: Rewiring the World, from Edison to Google » de Nicholas Carr est vite devenu le livre de chevet des business angels et des conseils d'administration californiens. Un bouquin adoubé par le sulfurique The Register, Canard Enchaîné de la Toile, attire nécéssairement l'attention... Cette brillante oeuvre, plusieurs sources citées en annexes et diverses observations personnelles seront les échantillons d'un mix prospectif.

A partir des travaux du mathématicien Alan Turing qui jeta en 1936 les toutes premières bases d'une « machine computationnelle universelle », Carr déduit que les seules barrières à cet ordinateur universel sont la taille de mémoire, la puissance de calcul et la vitesse d'info-traitement. Dès lors, pour peu qu'on dispose de tels facteurs à une échelle astronomique, un seul ordinateur peut être programmé pour mener toutes les tâches aujourd'hui effectuées par tous les autres ordinateurs physiques sur Terre. D'où son constat : « software (coding) can always be substituted for hardware (switching) ».

Cette substitution sous-tend actuellement tout le processus de virtualisation des infrastructures informatiques. HP délaisse ses 85 data centers mécaniques et complexes pour six server farms hautement automatisées, commandées à distance et ne nécéssitant chacun que quelques employés. Consécutivement, la firme se séparera de la moitié de ses 19 000 salariés. Avec ses sept nouveaux servers farms cent fois moins énergivores et moins onéreux que ses 155 data centers, IBM dispose désormais d'une puissance de calcul des dizaines de milliers de fois supérieure.

Ces fermes de super-serveurs accueillent n'importe quelle application massivement distribuée sur des nuages de serveurs (clouds en anglais) comme Youtube, et supportent n'importe quelle grille virtuelle computationnelle (grid computing) comme les précurseurs programmes SETI@home et Genomining. Le cloud computing – que je traduirais platement par informatique nuageuse - n'est qu'un des effets primaires de cette transmutation d'arrière-plan qui débarrassera le cybernaute d'une quincaillerie (CPU, RAM, disque dur, serveurs) alors externalisée dans les algorithmes et les protocoles. Les terminaux fixes et mobiles se contenteront des fonctions de réseau, d'affichage et de saisie : écran, clavier, souris, etc.

Parenthèse : quelles affinités règnent entre le grid et le peer-to-peer ? En réponse, je cite ce paragraphe de 01.Net :

« Sur le principe, le grid computing rappelle un autre concept, dont on parle également beaucoup : le peer-to-peer. Mais celui-ci n'est en fait qu'un sous-ensemble du premier, ce qui explique donc les similitudes. Le grid serait donc l'infrastructure sur laquelle repose le P2P, lequel généralise en fait les idées du métacomputing, consistant à récupérer les ressources inutilisées des machines reliées sur le réseau de manière totalement transparente pour l'utilisateur. Le P2P met en relation symétrique clients et serveurs, le serveur pouvant se comporter en client et vice-versa. Dans le cas du grid, il s'agit d'une coopération entre serveurs selon un schéma statique : les données sont acquises dans un lieu de la planète, traitées dans un autre lieu, et finalement visualisées dans un troisième lieu. »

Adieu World Wide Web, bienvenue World Wide Computer !

La future convergence cloud-grid-web n'est que l'embryon d'une macro-révolution comparable à celle de l'Internet et de l'électricité. Explications.

Un siècle plus tôt, le réseau électrique (electric grid) permit aux particuliers et aux entreprises de l'époque d'abandonner leurs machines à vapeur et leurs roues hydrauliques unitairement exploitées. Peu à peu, l'électricité devient un service public ou privé massivement distribué alimentant l'éclairage domestique et urbain, le réfrigérateur, la télévision, le téléphone, la machine à laver, le rasoir, le sèche-cheveux, l'ascenseur, etc. L'électricité devint ensuite transportable grâce aux piles et aux batteries : radios FM/AM, automobiles, téléphones mobiles, PC portables... Sans ce service, sans cette utility grid, il n'y aurait ni classes moyennes, ni culture de masse, ni consommation de masse, ni transports de masse et encore moins informatique de masse.

En à peine une décennie, l'informatique personnelle sur disque dur s'est effacée derrière l'informatique hautement connectée. Votre mine trop neutre m'indique que vous n'avez reçu aucun e-mail d'une connaissance et que les flux RSS de la journée ne valent pas vraiment le coup... Alors, vous recherchez un bar avec Google Maps/StreetView et mettez à jour votre page Myspace.

Le web 2.0 démontre à quel point la convergence des logiciels, des bases de données et des utility grids facilite la collaboration en ligne et l'ajout perpétuel de valeur à l'information ouverte : mash-up, tags, crowdsourcing, espaces multi-supports, hyperliens physiques, etc. Les blogs, les médias citoyens, la géointelligence 2.0 et la catch-up TV ont flambé telles des protubérances solaires, mettant à mal l'expertocratie, les intermédiaires, les mass médias et les secrets défense (cf. Le Pentagone épingle la géographie 3D). Doté de votre machine presque vieillissante, vous devenez une épine vénéneuse dans le pied du système...

« Lorsque que le réseau devient aussi rapide et aussi puissant que le processeur, l'ordinateur plonge et s'étend dans ce même réseau », affirme Eric Schmidt, le jovial et bouillonnant PDG de Google qui veut « offrir un superordinateur en ligne à chaque cybernaute ».

Grâce à la convergence du web, du grid/cloud computing, de la communication ambiante et de l'internet des objets (en matériaux intelligents), l'informatique virtuellement distribuée deviendra une utility de masse qui mettra fin aux unités centrales, aux serveurs physiques et peut-être aux mémoires mobiles. Dans le cyberespace, des couches de grids sédimenteront et des nuages s'amoncelleront en continu, engendrant des web X.0 encore inimaginables. Cet écosystème générera maintes vocations chez de futurs Shawn Faning, Linux Torvalds et Tariq Krim qui introduiront encore plus d'asymétrie dans les rapports entre individus et organisations... et encore plus de gratuité dans les jeux e-conomiques.

De quels types d'applications bénéficieront le cybernaute et la PME de 2018 ? Quels genres de services gratuits ou payants offriront-ils ? Quels seront les coûts inhérents ? Quels seront les niveaux et les modes de rémunération si l'imminente freeconomie chère à Chris Anderson (cf. Introduction à la freeconomie) immerge autant la toile ? Quelles seront les répercussions pour les notions de revenu, de profit comptable, de fiscalité, de PIB et de croissance ? Se projeter avec précision dans cet avenir relève d'une gageure : combien d'entre nous auraient imaginé le web 2.0 en 1997 ?

La destruction réductrice

Chez Google, le grid computing effectue les mêmes tâches que l'ensemble de ses data centers à des couts inférieurs de 90% ! Qui dit mieux ?

Une soixantaine de salariés suffit amplement pour faire fonctionner Youtube, quotidiennement visionné par plus de 100 millions de télénautes et hébergeant 65 000 vidéos supplémentaires toutes les 24 heures. Enregistrant aujourd'hui 54 millions d'abonnés aujourd'hui (deux fois plus que British Telecom) et 150 000 de plus demain, Skype ne comporte que 200 salariés. Un immense nuage vidéo pour le premier, une colossale architecture P2P flottante pour le second. Dans les deux cas, des coûts négligeables de diffusion/distribution planétaire et les effectifs d'une moyenne ou d'une « petite grande » entreprise. Face à une concurrence aussi asymétrique, les compagnies audiovisuelles et téléphoniques classiques n'auront d'autre choix que d'intégrer des business models similaires, licenciant par la même occasion de gros dixièmes de leurs personnels.

L'exemple de PlentyOfFish est encore plus radical : plus de 400 000 inscrits visitent chaque jour ses 600 millions de pages. Ce Meetic canadien n'est géré que par un seul employé : son fondateur Markus Frind ! Sans nécéssairement avoir autant de chances et/ou de justesse mercatique, des EURL virtuelles de ce type seront monnaie courante.

Le département US de l'emploi a révélé que les effectifs au sein de la presse et de la télévision américaines ont plongé de 13% (-150 000 postes) entre 2001 et 2007 à mesure que ces industries étendaient leurs plate-formes en ligne aux dépens de celles conventionnelles. Tout porte à croire que la généralisation des grids causera des destructions d'emplois et de métiers bien plus vastes et surtout très peu créatrices. Quand on dispose d'une puissance computationnelle supérieure à celle de SETI@home sous ses doigts et d'un formidable assistant virtuel 3D personnalisé sous ses yeux, à quoi bon recruter ? Cette informatique virtuellement distribuée ne profitera donc juteusement qu'à des portions de plus en plus congrues de salariés et d'entrepreneurs. Schumpeter, réveille-toi : Matrix t'a tué !

Le directeur IT est mort... Vive le directeur Virtual IT !

Pour les grandes entreprises, le passage de l'informatique-produit nucléaire à l'informatique-service virtuellement distribuée ne se fera pas en une nuit. Les firmes seront d'abord très soucieuses de la fiabilité, de la cybersécurité et de la redondance des ces utility grids qu'elles hybrideront avec les systèmes physiques actuels, ne fut-ce que dans le seul but de produire des retours sur les investissements en cours. Entretemps, les mentalités, les modèles économiques et les paradigmes devront mûrir via des processus lents et rationnels, boostés de temps à autre par des concepts pionniers qui effrayeront les gouvernements.

Détenant 80% du marché chinois, pesant 7 milliards de dollars et réalisant plus de 100 millions en profits trimestriels, Tencent est la terreur orientale des infomédiaires américains. Cette méganationale multimédia s'apparenterait à une remarquable fusion de Yahoo!, de Youtube, de Myspace, de Second Life et de Vodafone. Elle émet le Q, monnaie virtuelle utilisée par ses 120 millions d'abonnés, considérée par la banque centrale comme un risque majeur pour les cours du yuan et du renminbi en cas de convertibilité réelle à l'image des Linden dollars.

A mesure que le World Wide Computer nous submergera, les légions des départements IT cèderont la place à de menues escadres d'architectes assemblant et utilisant eux-mêmes des composants virtuels de grids multi-couches généralistes ou spécialisés. Au sein de relations hiérarchiques de plus en plus horizontales, le directeur VIT et ses consultants opéreront comme des task forces polyvalentes agrégeant, coordonnant et systémisant l'information externe et les processus internes, collaborant avec diverses entités virtuelles concurrentes et/ou complémentaires, gérant des portefeuilles ultra-flexibles de netwares clients (riches ou légers, du type widgets ou solutions mobiles), farfouillant perpétuellement « une longue traîne » d'opportunités e-commerciales.

Jetons précisément un oeil aux services netware finaux que ce consultant VIT aux dents de cheval veut absolument refourguer à votre petite entreprise... « qui connait pas la crise », comme le chante Alain Bashung.

Vous n'êtes pas DSI ? Alors, tout va pour le mieux.

Casa Gifts est une boutique canadienne cadeaux, de décorations et accessoires qui migre vers l'e-commerce. Malgré de solides aptitudes en informatique professionnelle, Mme Maesano souhaiterait néanmoins disposer d'une plate-forme e-commerciale intégrant catalogue en ligne, e-mail, bases de données, gestion comptable, analyse marketing et relation clientèle. Après avoir comparé une multitude d'offres logicielles et web classiques, elle a finalement opté pour la location de Netsuite, concurrent de Salesforces dans le software-as-a-service (SaaS) auprès de 40 000 PME nord-américaines.

« En cas d'erreurs ou de bogues, ils interviennent très rapidement en ligne, effectuent directement les corrections et les mises à jour », se réjouit Mme Maesano qui a économisé de deux tiers sur ses charges logicielles et e-commerciales. « Lorsque je réactualise une information sur un client, sur une facture ou sur une entrée comptable, le système le répercute aussitôt sur toute ma chaîne commerciale. Les tâtonnements d'une application à une autre relèvent désormais du passé ».

Les PME et les start-up ont rarement les moyens d'investir dans une quincaillerie suffisamment adaptée à leurs besoins et encore moins d'externaliser leurs différents services internes. En outre, elles veulent exercer un contrôle rapproché sur leurs activités et données confidentielles. Dès lors, le SaaS constituera progressivement une configuration optimale hébergeant toutes leurs solutions technologiques en un pack unique mensuellement tarifé pour quelques centaines de dollars ou selon la consommation des ressources. Toutefois, les prestataires devront encore surmonter de fortes réticences cybersécuritaires totalement justifiées. Pour ma part, je suis persuadé que les cybernautes ne voudront point trop éloigner leurs données confidentielles et feront longtemps une belle part aux mémoires amovibles... À défaut de paraître vieux jeu.

Le marché américain du SaaS est évalué par le cabinet Gartner à 5,1 milliards de dollars en 2007 et 11,5 milliards en 2011. Son homologue Forrester prévoit la désintégration du logiciel sous licence pour 2018-2020 du fait de la généralisation progressive des architectures virtuelles orientées services et du web 2.0/3.0. Ces estimations ont incité la firme de Mountain View à développer Google Apps/Docs. Dans la guérilla nuageuse de Google, j'avais expliqué comment cette bureautique 2.0 (publi-financée ou très bon marché) compte surpasser Microsoft Office, depuis peu à la poursuite du coche avec Office Live.

Le duel larvé entre le léopard Eric Schmidt et le lion Steve Ballmer ne manquera pas de mordant... Nicholas Carr nous démontre une fois de plus que l'histoire est riche d'enseignements.

Grid d'arrivée

Vers 1880, General Electric s'offrit les talents de Thomas Edison et domina le marché électrique américain en croissance exponentielle. La firme approvisionnait les entreprises et les usines en composants, en plans, en ingénierie et en assistance afin qu'elles conçoivent leurs propres générateurs électriques. Tout se passa pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'à ce que George Westinghouse s'arrime sur les inventions de Nikola Tesla pour élaborer un réseau domestique et industriel de courant alternatif alimenté par d'énormes centrales électriques. Particuliers, entreprises et usines n'eurent plus qu'à se connecter à cette AC grid pour animer leurs merveilleuses machines.

Edison combattit âprement ce nouveau système, sponsorisa des électrocutions publiques d'animaux domestiques reliés à des générateurs de courant alternatif, et convainquit même l'état de New York d'équiper sa toute nouvelle chaise électrique d'une dynamo Westinghouse. À l'été 1890, après la première exécution d'un condamné à mort nommé William Kemmler, un quotidien new-yorkais titra « Kemmler Westinghoused ». Mais la joie passablement sadique d''Edison fut de courte durée car le courant alternatif, nettement plus économique et plus ergonomique, se généralisa à une vitesse fulgurante. Quelques électrochocs comptables suffirent à General Electric : la firme adopta finalement cette technologie qu'elle dériva incessamment, réalisant des profits encore plus foudroyants.

Google est aujourd'hui le Westinghouse de l'informatique-service virtuellement distribuée, celui qui a court-circuité le modèle dominant de l'informatique-produit nucléaire et prouvé la viabilité du cloud/grid computing publi-financé ou à très faible prix : le moteur de recherche, la catch-up TV de Youtube, la bureautique nuageuse de Apps/Docs, la géointelligence 3D participative de Earth/Maps/StreetView, l'e-publicité ciblée contenus de DoubleClick/AdWords, les renseignements téléphoniques 2.0 de 411, etc. Microsoft est le General Electric qui espère que ses clients continueront à acheter ses onéreux logiciels propriétaires. Cependant, la firme de Redmond a déjà prouvé qu'elle peut se réinventer : son Internet Explorer a vite écrasé Netscape Navigator, et sa suite Office s'est remarquablement adaptée à la toile. Face à Google, elle doit impérativement se forger de nouveaux périmètres de valeur... « non-commerciaux ou non-industriels ! » Un système d'équation qui n'a que des inconnues. Suivons donc de près les évolutions de Office Live, qui devra jouer contre d'autres Westinghouse en devenir.

Avec son Simple Stockage Service, Amazon offre des Go de stockage loués au mois, dans la continuité de l'infrastructure virtuelle supportant sa librairie en ligne. Yahoo!, Sun, IBM, HP, Deutsche Telekom, AT&T, British Telecom et Orange, pour ne citer qu'eux, envisagent de muer en hébergeurs-prestataires de services nuageux. Les leaders de la virtualisation WMare et 3Tera proposeront de véritables systèmes d'exploitation en ligne. Les Rich Internet Applications d'Adobe ne sont qu'une ébauche de ce qu'elles seront dans dix ans. Grâce au grid open source codéveloppé par IBM et par l'ONG CARE, les institutions africaines de microfinance réduiront leurs coûts d'exploitation et optimiseront leurs opérations de crédit de façon drastique. Pour la moitié de ces établissements reposant encore sur le traitement manuel et la feuille Excel, les systèmes de gestion comptable et les services microbancaires et mobiles virtuellement distribués représentent un bond quantique pour un investissement quasi-nul.

Ces divers concepts, terreaux fertiles ou appendices bourgeonnants d'une « informatique-service virtuellement distribuée », devront se trouver un fine tuning, une cohérence, une fiabilité, une cybersécurité et un modèle économique dignes de ce nom. Pour l'instant, il vaut mieux archiver ses données selon les bonnes vieilles méthodes, reposer complètement sur une infrastructure virtuelle externe demeurant un investissement risqué. Lorsque le service nuageux EC2 (Elastic Computing Cloud) de machines virtuelles dynamiques connut sa première panne, Amazon envoya une note d'excuses à ses clients portant la mention finale : « en espérant que vous disposiez de sauvegardes ».

Utility computing, grid computing, distributed computing, cloud computing et depuis peu green computing... Toutes ces chrysalides parsèment déjà les branches de l'arbre numérique. En attendant l'envol des papillons, souhaitons néanmoins la bienvenue à EVA, entreprise virtuelle agile.

Annexes :

  1. Nicholas Carr : The Big Switch: Rewiring the World, from Edison to Google

  2. Business Week : Google and the Wisdom of Clouds

  3. Réseaux Telecoms : Plus qu'un an ou deux avant que «l'informatique en nuage» ne soit prête pour l'entreprise, estime Forrester Research »

  4. Microcapital : IBM and CARE to Streamline Microfinance in Africa through Grid Technology

  5. L'Atelier : 2017 : le logiciel se désintègre

  6. L'Atelier : Avec le SaaS, l'organisation des DSI est vouée au changement

  7. Greg Matter's weblog : The world needs only five computers


Article publié et commenté sur Agoravox

vendredi 4 avril 2008

Zik' to download

In Rainbows de Radiohead version hip-hop, de superbes mix-up pop-rock, electro, techno, hip-hop et soul. Labels et blogs anglo-saxons lâchent la dope légale et gratuite.

Mise à jour : 13 Décembre 2008

Plusieurs dealers du décibel qui nous fournissent encore en fixes dignes de ce nom recommandent vivement de s'accrocher : les offerts aux junkies deviendront monnaie très courante. Au sein des petits/moyens labels et audioblogs américains, canadiens, britanniques et australiens, les mollahs zérodollar prolifèrent à la vitesse TGV. Avant de poursuivre la lecture, filez d'abord chez le chinois/l'indo-pakistanais et ramassez un 300 Go. Vous en aurez méchamment besoin.

Rainydayz de Amplive : Radiohead XXXXXL dans un Hummer fluo
Après quelques démêlés puis un accord avec Thom Yorke, le producteur et DJ hip-hop Amplive a pondu Rainydayz, où il a hip-hopisé In Rainbows. Original, agréable et surtout bien mené.

Daytrotter : plus indie, tu meurs
A la vue des covers trash et naïves de Daytrotter évoquant celles de Sonic Youth, une bonne intuition s'empara aussitôt de moi. Via ce studio de Rock Island (Illinois), des artistes pop-rock américanadiens mettent en ligne leurs sessions finales. Déjà près de 1000 titres disponibles, environ 3 ou 4 de plus par semaine et plus de 2 millions de téléchargements depuis sa création en 2006. Daytrotter se veut un peu le descendant de 120 Minutes ou d'Alternative Nation, deux émissions mythiques de MTV des 90's aux tracklists aussi excellentes qu'introuvables. A bookmarker de toute urgence !

Matador et Anti ont pété les plombs !
Le fameux label indé américain Matador balance Intended Play Spring 2008, une très charmante compilation regroupant quelques noms comme Cat Power, the Cave Singers, Matmos, Times New Viking, Stephen Malkmus (ex-leader des Pavement) ! Ils comptent en mettre une autre cet été ? Son confrère Anti nous offre Epitaph, 16 tracks dont Nick Cave, Islands, Joe Henry et the Frames. Pensez à exclure ces deux labels de vos prochaines fatwas contre l'industrie phonographique.

So Cosmic de Cut Copy : disco futuro-psychédélique
Je bave rien qu'en entendant le nom de ces héros de l'electro australienne. So Cosmic est un mix-up disco de 23 pistes où l'on trouve pêle-mêle Daft Punk, Fleetwood Mac et Aphex Twin. Extrêmement bien foutu.

Discobelle : efficace
Tenus par quatre DJ suédois aussi bosseurs que fêtards, Discobelle avait eu la prescience de poster Billie Jean remixé de Kanye West avant tout le monde. Depuis, DJ, petits labels et grandes maisons de disques leur envoient quotidiennement des tracklists de divers styles, plutôt orientées dancefloor, et filtrées sur le volet par l'insomniaque quator nordique.

ill-e-tronic : quality over fashion
Sur la scène electro/techno underground de Sa Majesté, l'audioblog londonien ill-e-tronic est devenu une référence. Très peu de house feutré ou de grosses tendances techno : le blog se veut « pas forcément contre mais à côté du système ». Le seul hic, c'est qu'il peut s'écouler deux ou trois semaines avant la prochaine mise à jour. Toutefois, j'apprécie beaucoup le contenu très infotainement accompagnant chaque morceau.

Allez Allez : remix entre potes DJ
Ce blog a été crée en 2006 afin de promouvoir le night-club londonien du même nom, et n'a pas son pareil pour attirer les contributeurs. Chaque semaine, des dizaines de DJ et d'artistes auto-enregistrent leurs sessions d'essais et les refilent à Allez Allez. Il y a quelques semaines, le producteur norvégien electrofunk Lindstrøm leur a envoyé un mix-up monstrueux nappé de Dire Straits, de Donna Summer et de Marvin Gaye. Wow !

Red Kelly : le retour des faces B noires
Quel mouche a donc piqué ce new-yorkais pour s'investir dans la conservation de ce catalogue mort depuis belle lurette, en renaissance grâce à l'effet longue traîne ? Red Kelly ne diffuse pas seulement les faces B 45 tours des musiques soul, funk, blues, disco et blaxploitation, il rédige avec talent un essai méticuleux sur la carrière de chaque artiste playlisté. « Vous écoutez un morceau génial dans votre voiture en attendant désespérement que l'animateur vous donne son titre... Et voilà la foutue page pub qui s'y met et puis plus rien ! Mon blog se veut précisément le contraire de ce genre de frustrations. » Que peut-on faire pour que Red Kelly aille à tous les coups au paradis ?

Stepfather of Soul : Jackie Brown à bord
Résidant à Atlanta (Georgie), Jason Stone a une discothèque personnelle de plus de 2000 disques 33 et 45 tours dont une grande partie héritée de son feu père mélomane. Soul, jazz, funk, blues, gospel, inédits Stax ou Motown : Stepfather of Soul n'est pas seulement une tracklist en or, c'est aussi un talent critique hors pair. Son podcast fait le gâteau sous la cerise.

Cocaine Blunts : check the sound !
Le hip-hop, à fortiori underground, ne bénéficie pas d'une blogosphère aussi volumineuse que celle de la pop-rock indé. « Pourtant, ce ne sont pas les niches hip-hop, de vrai hip-hop, qui manquent. Il est temps de réparer ce préjudice », affirme Nos, DJ washingtonien et remarquable blogger qui créa Cocaine Blunts en 2005 et a récemment interviewé Witchdoctor et Pimp C. Aujourd'hui, collègues et grands labels du hip-hop et de la RN'B l'approvisionnent grassement en playlists. Personne ne râlera en téléchargeant la discrimination positive de Nos.

Françoiz Breut : un coup de foudrecoeur personnel...
Fini la rigolade ! Si vous ne connaissez pas encore Françoiz Breut (page Myspace), il est encore temps de remédier à cette gravissime ignorance. Ce n'est pas seulement l'intimité de ces textes qui hèle notre ouïe, c'est aussi une instrumentation pop-punk souvent teinté de touches westernisantes à la Sergio Leone ou mexicaines à la Calexico, le fameux groupe sud-californien avec lequel elle a travaillé. N'ayons pas peur des mots : Françoiz Breut (site officiel) c'est n'est pas seulement de la grande chanson française/belge - ayant le surcroît le mérite d'une indépendance certaine, c'est aussi et surtout une invitation au voyage sentimental et à l'aventure émotionnelle. À première vue, on ne prête guère attention à cette éternelle et mignonne dégaine d'étudiante; puis au bout de deux minutes, on aimerait extirper un numéro de mobile et quelque e-mail à cette charmante et attachante créature pour ne pas la perdre d'un fil durant ses perpétuelles tournées...

NB : Oui, j'achète ses CD et télécharge ses chansons sur une plate-forme commerciale en ligne ! Et le droit du consommateur, ça compte pour du beurre ?

L'industrie phonographique veut que nous achetions sa musique comme autrefois, quand le Blackberry, le Web 2.0 et le iPod ne relevaient même pas de la science-fiction. C'est très mal parti. En introduisant la freeconomie de Chris Anderson - le papa de la fameuse Longue Traîne - n'avais-je pas signalé que les industries phonographiques sont nettement en retard par rapport aux audionautes que nous sommes ? Quand les labels, les radios IP, les réseaux sociaux, les podcasts et les blogs saupoudrent la Toile de cette came légale défiant toute concurrence commerciale, à quoi bon poursuivre les consommateurs ?

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