dimanche 22 février 2009

L'Axe du Bouleversemal



Pour Niall Ferguson, professeur d'histoire à Harvard, il est temps de tirer un trait sur ce réducteur axe du mal (Iran, Irak, Corée du nord) cher à « W ». L'ère Obama hérite de menaces nettement plus multiples et plus complexes : violences ethniques à répétition, instabilités politiques et guérillas asymétriques (Moyen-Orient, Asie centrale, Caucase, Afrique) initiées et/ou instrumentalisées par des états ou par des non-états, une explosion de la piraterie (Somalie, Mexique, Caraïbes, Asie du sud, Golfe de Guinée)...Et, pour couronner le tout : une économie mondiale plongée dans une grande dépression. À tout cela, j'ajouterais la cyberpiraterie, les tensions sur les matières premières, l'aggravation de la faim et l'érosion drastique du pouvoir d'achat dans le monde. Au revoir « Axis of Evil », bienvenue « Axis of Upheaval » !

Foreign Policy : The Axis op Upheaval, par Niall Ferguson


mercredi 18 février 2009

Quand la prothèse devient victime de la mode



Dans sa conception primaire, une prothèse reproduit autant que possible les formes et les fonctions du membre biologique perdu ou absent. Aux yeux de Hans Alexander Huseklepp, étudiant en design industriel, la prothèse doit élargir les capacités du membre initial et revêtir un style fort voire un côté « tendances » très marqué. C'est dans cette optique qu'il a développé Immaculate, prothèse esthétique faite de Corian (1), connectable au système nerveux central du porteur, dotée d'articulations sphériques omnidirectionnelles, intégrant une interface tactile d'optimisation gestuelle ... Et offrant consécutivement plus de possibilités qu'un bras normal.

Verra-t-on Karl Lagerfeld ou Viviane Westwood créer à son tour une ligne bionique ou apposer sa griffe sur des modèles de prothèses esthétiques ?

Avec son slogan « Form beyond function », le designer Colin Matsco dévoile d'emblée ses desseins. Grâce aux apports novateurs de l'impression 3D, il a conçu Air Jordan Prosthetic, prothèse aisément customisable destinée à l'athlète handicapé mâle urbain.

La recherche & développement de prothèses sportives - combinant ergonomie, légereté et esthétique - intérèssent vivement les athlètes paralympiques. En effet, ces substituts contribuent énormément à réduire pas à pas les écarts de performances avec les athlètes olympiques... Et « en jettent » sur les écrans de télévision et aux yeux des sponsors. D'ores et déjà, la vision d'un athlète paralympique infligeant une leçon à ses compagnons olympiques au 400 mètre haies ne relève plus de la science-fiction. Pensons au coureur sud-africain Oscar Pistorius – alias Blade Runner - dont les prothèses restituent plus de vitesse à chaque impact au sol (+30% selon le biomécanicien Gert-Peter Brüggeman mandaté par l'IAAF) que les jambes d'un athlète valide.

Sensibilité et interfaces tactiles, neuro-contrôle, optimisation automatisé du signal myoélectrique, articulations omnidirectionnelles... Aux États-Unis plus qu'en Europe, le marché de la prothésie est à la fois porté et submergé par la ruée vers l'or bionique, savamment expliquée par The New Scientist dans We have the technology to rebuild ourselves. Ce rush est du essentiellement à trois facteurs :

  • un taux de diabète élevé (maladie causant souvent des dommages nerveux et vasculaires),

  • la multiplication des blessures graves et des amputations subies par les Boys durant leur mobilisation sur le front irakien ou afghan,

  • l'intégration de micro-composants électroniques et d'éléments robotiques dans des membres artificiels neuro-contrôlés,

  • l'utilisation de biomatériaux et de matériaux intelligents,

  • et l'émergence de productions connexes et d'opportunités afférentes imbriquant prothésie, bionique, marketing et design.

Inspiré par le modèle de l'open source, Open Prosthetics Project – « la prothèse ne doit pas coûter un bras ou une jambe » - permet aux utilisateurs, aux concepteurs, aux designers, aux chercheurs, aux donateurs et aux investisseurs de partager et d'exploiter librement des concepts et des compétences, et ce, afin de favoriser les synergies entre prothésie, bionique et design et de doper une innovation bon marché. Les premiers résultats de cette ruée vers l'or bionique impactent d'abord la prothésie qui, à l'image de la chirurgie réparatrice, comporte également une vertu esthétique et s'enrichit peu à peu de capacités extra-fonctionnelles.

Dans quelques décénnies, le porteur d'un bras bionique mettra à jour sa couche logicielle - grâce une connexion wi-fi ou avec son PDAphone, téléchargera de nouveaux skins immédiatement activables, commandera un composant biomécatronique additionnel (barres-témoins d'effort et de fatigue intégrées) sur PimpMyArm.com... Et déploiera simplement son membre téléscopique dans une bibliothèque pendant que son compagnon « 100% pur muscle et os » emprunte l'escabeau.

(1) Utilisé pour les plans de cuisine et dans le design mobilier, le Corian est une matière composée de minéraux naturels et de résine, agréable au toucher, facile d’entretien, résistante aux chocs et aux rayures, aisément réparable et rénovable mais dont le défaut principal est de brûler à forte chaleur.

En savoir plus :

  1. Le Figaro : Oscar Pistorius n'ira pas aux Jeux Olympiques

  2. Sports Technology : Biomechanics of double transtibial amputee sprinting using dedicated sprinting prostheses (inscription + paiement)

  3. Sports Technology : Lower Extremity Leg Amputation: an advantage in running ? (inscription + paiement)

mardi 17 février 2009

La cognition massivement distribuée de Twitter


Dans Mining The Thought Stream (TechCrunch), Eric Schonfeld dévoile le potentiel révolutionnaire de Twitter. Alors que Google met tout en oeuvre pour capter et comprendre les habitudes et les usages des cybernautes, Twitter agit plutôt comme un flux global numérique de pensées en temps réel et/ou comme une base de données dynamique agrégeant des opinions individuelles sur un sujet/un événement/un lieu particulier à un moment donné... Encore faut-il distinguer le signal du bruit dans cette très populaire plate-forme de microblogging. En la matière, TwitterTrend est une prometteuse application qui pave certainement la voie à d'autres.

lundi 16 février 2009

Le voyeurisme, c'est bon pour l'e-conomie


Le voyeurisme sur la Toile, nouveau modèle économique :

La Toile devient la matrice d’une civilisation de voyeurs chroniques reliés à la vitesse de la lumière à tous les évènements qui affecte la planète numérique, amplifiant les émotions jusqu’à l’excès. "Les écrans sont partout ! Leur prolifération dans l’espace public comme dans la sphère privée ne fait que commencer." [...] L’érotisation exhibée de la plupart des actes de la vie sociale « occidentale » est ce que nous reproche d’ailleurs le plus violemment nombre de pays et de religions qui attachent plus d’importance à l’intime et aux sentiments. [...] Les réseaux sociaux devront tôt ou tard s’imposer un minimum de déontologie. Ray Bradbury, célèbre écrivain américain de SF disait ne pas prédire l’avenir : "Nous écrivons, non pas pour prédire le futur, mais pour le prévenir".

Pan dans le mille, Christian Jegourel !

Le Triomphant et le Vanguard sont entrés en collision

(Mis à jour le 18 février 2009 à 7:00)

Les sous-marins nucléaire français Triomphant et britannique Vanguard sont entrés en collision entre le 3 et 4 février 2009 lors de missions de routine dans l'Atlantique Nord.

Deep contact

Les journaux The Sun et The Daily Mail ont d'abord révélé l'information avant que les ministères français et britannique de la défense ne confirment « un contact » entre les deux appareils. On ignore encore pour quelle raison les deux sous-marins nucléaires se trouvaient au même moment et au même endroit dans les profondeurs de l'Atlantique Nord. Ce qui avait été officiellement énoncé quelques jours plus tôt par l'Hexagone comme « un objet immergé » (un container) heurtant la coque du Triomphant et endommageant son dôme sonar était tout simplement le Vanguard.

Selon les marines française et britannique, aucun blessé n'est à déplorer parmi les équipages (respectivement 101 et 140 membres respectivement pour le Triomphant et le Vanguard) et aucun incident nucléaire n'a été constaté à bord des deux appareils, tous deux affichant néanmoins des dommages visibles lors de leur rentrée à quai. Le Triomphant et le Vanguard ont rejoint leurs ports d'attache - l'Île Longue (Brest) pour le premier et Falsane (Écosse) pour le second - par leurs propres moyens, chacun escorté par une frégate comme le veut l'usage. Fleurons des forces stratégiques française et britannique, les deux appareils sont des SNLE (Sous-marins Nucléaires Lanceurs d'Engins) transportant 16 missiles balistiques d'une portée de 8000 km dotés chacun de six têtes nucléaires.

Le service silencieux

Les grandes puissances – plus spécifiquement le club des cinq – dépensent des milliards pour concevoir et embarquer des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) dans d'énormes sous-marins à propulsion nucléaire dont l'objectif premier est de rester indétectable dans les profondeurs océaniques. En temps de guerre comme en temps de paix, la dissuasion repose d'abord sur le secret et la surprise. Or, un sous-marin détectable ou détecté ne constitue plus une dissuasion car il peut être abattu avant lancer ses ICBM (= projeter l'apocalypse sur quelque coin du globe).

Afin de demeurer aussi indétectable que possible, le sous-marin patrouille en désactivant son sonar actif en permanence, ne l'utilisant que dans d'exceptionnelles circonstances. Les pulsations acoustiques émises par ce dispositif en eaux profondes – remarquable vecteur du son – indiqueraient aussitôt sa position, sa vitesse et sa direction à un sous-marin d'attaque ou à ce meilleur et pire ennemi que sont la frégate et son hélicoptère de lutte anti-sous marine. L'alternative consiste à recourir au sonar passif c'est-à-dire écouter les multiples vibrations sonores produites par la mécanique et la propulsion des autres bâtiments en surface ou en profondeur grâce à d'ingénieux « kits » électro-acoustiques, des systèmes informatiques et des bases de données conçus à cette fin, le tout exploité par des oreilles humaines extraordinairement formées et affinées. Corollairement, la structure et les matériaux du sous-marin ont pour fonction seconde de réduire au maximum sa propre signature acoustique au point de presque fondre celle-ci dans le bruit sous-marin ambiant.

Nul doute que l'Hexagone et la perfide Albion ont élaboré de merveilleux monstres du silence embarquant la crème des sous-mariniers. Dès lors, que les deux appareils se rapprochent à basse vitesse (avec une propulsion d'autant plus silencieuse car tournant à bas régime) ou à haute vitesse (aveuglant consécutivement leurs sonars passifs), toutes les conditions sont réunies pour qu'ils s'occultent ou « se ratent » mutuellement sur le plan acoustique.

Cette extrême difficulté des sous-marins nucléaires à s'entre-détecter a incité les Etats-Unis et la Grande-Bretagne à définir et à s'attribuer conjointement d'immenses zones mouvantes de patrouille très éloignées les unes des autres, ceci afin de minimiser des probabilités déjà très faibles de croisement rapproché entre leurs flottes. Si la séculaire relation spéciale liant ces deux puissances anglo-saxonnes autorise de tels arrangements, qu'en est-il de la France avec ses partenaires atlantiques ? Selon les déclarations du ministre français de la défense Hervé Morin faisant suite à la collision Triomphant-Vanguard, France et Grande-Bretagne envisagent de coordonner leurs patrouilles sous-marines.

Dans tous les cas, très peu d'informations concernant cette collision Triomphant-Vanguard parviendront au grand public : l'univers des sous-marins veille jalousement sur ses abyssaux mystères.


PS : Les collisions de sous-marins – avec d'autres engins du même type, des icebergs ou des plate-formes en mer - ont lieu en moyenne tous les trois ans, 18 accidents ayant été officiellement dénombrés depuis 1967 et impliquant le plus souvent des appareils soviétiques/russes.

Sources :

  1. The Daily Mail : British and French submarines packed with nuclear missiles collide beneath the Atlantic

  2. The Sun : Unthinkable

  3. BBC : Nuclear subs collide in Atlantic

  4. Information Dissemination : Ballistic Missile Submarines In Deep Underwater Collision

  5. Aviation Week / Ares : More subs crash than we think


vendredi 13 février 2009

Collision satellitaire dans la haute atmosphère

Deux gros satellites sont entrés en collision à 790 km d'altitude. Profitons de cette première pour analyser brièvement la dangereuse pollution artificielle de l'orbite basse terrestre.

Le mardi 10 février 2009 à 16H55 TU, deux engins orbitaux orbitant à 790 km d'altitude sont entrés en collision au-dessus du territoire nord-sibérien. Le premier engin (560 kg) faisait partie de la constellation Iridium comprenant 66 satellites de télécommunications, il fut placé en orbite en 1997 et était parfaitement opérationnel avant l'impact. Le second engin (950 kg) était un satellite Cosmos à réacteur nucléaire, satellisé en 1993 mais hors-service depuis un peu plus de dix ans.

NB:

  1. Immense flop technologique de la fin des années 90, le système Iridium se voulait comme le vecteur universel de la téléphonie mobile grâce à sa constellation de 68 satellites de télécommunications. Battu en brèche par les roamings GSM, Iridium fut sauvé de la banqueroute en grande partie grâce à l'appui des administrations Clinton et Bush Jr. Aujourd'hui, c'est un système global de communications mobiles (géré par la firme Iridium Satellite LLC basée dans le Maryland) comptabilisant 250 000 abonnés en 2008, massivement utilisé par le Pentagone, les bases scientifiques en Arctique et en Antarctique, les journalistes, les navigateurs et les organisateurs de rallyes ou d'expéditions.

  2. Subdivisée en huit classes, l'appelation Cosmos désigne des satellites russes dont les missions ne sont pas clairement définies, maintes hypothèses penchant pour des engins multi-rôles à usage militaire ou scientifique. De 1962 à nos jours, près de 2500 satellites Cosmos ont été mis en orbite par l'URSS puis par la Russie. Celui impliqué dans l'accident du 10 février portait la dénomination Cosmos-2251.

Jusqu'ici, les collisions en orbite concernaient uniquement des éléments de lanceurs, des micro-satellites et/ou des petits composants. Cette première collision entre deux gros engins a produit un nuage de plus de 600 débris dont certains radioactifs. Beaucoup seront consumés lors de leur retombée dans l'atmosphère tandis que d'autres erreront d'abord autour des trajectoires initiales des satellites détruits puis s'aggloméreront progressivement à la nébuleuse de débris et micro-débris artificiels (environ 18 000 catalogués) polluant déjà l'orbite basse terrestre. La minutieuse observation longitudinale des satellites chinois et américain pulvérisés par des missiles anti-satellite (ASAT) a révélé que le processus entier (de l'explosion à l'agglomération) s'étend sur une année.

Les agences spatiales russe et américaine ont indiqué que le nuage primaire de débris ne constitue aucun risque immédiat pour les autres satellites et pour la Station Spatiale Internationale orbitant sur une trajectoire nettement moins élevée; celle-ci fut normalement ravitaillée par un vol Soyouz au 13 février et devrait être arrimée par la navette Discovery au 22 février. Au cas ou quelque dangereux nuage de débris croiserait dangereusement sa trajectoire et pour peu qu'elle soit prévenue et assistée par ses hotlines terrestres, l'ISS amorcera une manoeuvre d'évitement.

Ce choc Iridium-Cosmos s'est produit dans « une zone » permettant à plus de 900 engins orbitaux de survoler ou de se rapprocher des pôles Nord et Sud. D'une certaine façon, le gros du trafic satellitaire est concentré dans un épais donut orbital couvrant les cercles polaires. Dans la mesure du possible, les engins abandonnés ou gravement défaillants sont repositionnés sur des trajectoires à moindres risques car peu fréquentées par la navigation satellitaire. Dans certains cas, des appareils sensibles - souvent exploités à des fins militaires – sont consumés lors de leur rentrée forcée dans l'atmopshère. Dans deux uniques cas extrêmes, des satellites – l'un chinois, l'autre américain - furent volontairement détruits par des « tirs amis » de missiles anti-satellite. Relevant également de la démonstration de force, cette dernière pratique hérisse les cheveux des scientifiques de l'espace car elle ne fait qu'accroître la pollution artificielle en orbite basse.


À 25 000 km/h, un composant satellitaire traverse aisément les panneaux solaires ou la coque d'un engin spatial, une micro-météorite ou un micro-débris crée de minuscules orifices presque ou complètement invisibles à l'oeil nu. Afin de détecter ceux-ci lors d'opérations de maintenance en orbite, les astronautes scannent longuement et méticuleusement toutes les surfaces de l'appareil avec des détecteurs ultrasoniques portables. La NASA planche actuellement sur des senseurs wi-fi intégrés pour satellites qui localiseront précisément un micro-impact et biperont une alerte en cas de dommages plus ou moins sérieux.

Malgré la prolifération croissante de petits et gros objets en orbite, des accidents satellitaires comme celui du 10 février 2009 ne se reproduiront que très rarement, et ce, grâce à la jalouse surveillance de ce gigantesque donut orbital – largement exploitable dans une certaine quiétude - par les agences spatiales. Toutefois, de nombreux scientifiques craignent l'apparition à très long terme d'un syndrome de Kessler, seuil à partir duquel la multiplication de débris et de collisions rendra l'orbite basse inutilisable et de surcroît inhabitable. Tôt ou tard, les usages et les règles de la navigation satellitaire devront être revues afin de limiter un éventuel engorgement des cieux.

Au cas où le business plan de votre voirie orbitale serait fin prêt, faites immédiatemment vos adieux à votre conseiller financier et expédiez vite une copie à toutes les agences spatiales...

En savoir plus :

  1. The Guardian : Nasa alert as Russian and US satellites crash in space

  2. Spaceflight : Two satellites collide in orbit

  3. Arms Control Wonk : The future (of space) is now

  4. Arms Control Wonk : Rethinking freedom of action in orbit


mardi 10 février 2009

Qui a peur de la République balistique d'Iran ?



Au-delà des angoisses et spéculations entourant le premier lancement d'un satellite 100% iranien, survolons les différences notables entre fusée spatiale et missile balistique et revenons à quelques réalités militaro-stratégiques.

Envers et contre tous, l'Iran a finalement rejoint le club restreint des nations capables de satelliser une charge par leurs propres moyens (États-Unis, Russie, Chine, Europe, Japon, Inde, Israël). Loin de toute considération géostratégique, cet exploit technique force l'admiration car il démontre clairement la dextérité et l'opiniâtreté de l'ingénierie militaire et spatiale iranienne.

Au 2 février 2008 à 18H38 TU, la fusée Safir-2 embarquant le satellite Omid dans son second étage s'élança du site de Kavoshgar et atteignit une périgée de 242 km pour une apogée de 322 km d'altitude (ou 245*322 km dans le jargon astronomique). En plus de l'agence de presse officielle Islamic Republic News Agency, de nombreux astronomes amateurs confirmèrent le vol orbital du Omid (petit engin d'environ 50 cm3 dépourvu de panneaux solaires effectuant 14 révolutions quotidiennes autour de la Terre) à 245*378 km d'altitude et du deuxième étage du Safir-2 à 245*439 km d'altitude.

Peu après ce triomphe céleste de la République islamique, États-Unis et Europe firent part – à juste titre – de leurs vives préoccupations, craignant que Téhéran n'exploite son programme spatial afin de développer une véritable force de frappe balistique. En effet, la fusée Safir-2 – ensemble de deux étages propulsé au propergol liquide – est une remarquable dérivation du No-Dong nord-coréen d'une portée de 1200 km. Dès lors, si la nation perse parvient à placer un satellite en orbite, ne constitue-elle pas nécéssairement une menace balistique pour Israël, pour le Golfe arabe et même pour l'Europe ?

À l'heure actuelle, l'Iran n'a pas encore élaboré une vraie arme atomique. Les suspicions des renseignements occidentaux/israéliens, les déclarations d'intentions du régime iranien et les provocations verbales du président Mahmoud Ahmadinejad ne font pas une fission et encore moins un essai nucléaire. Dans ce dernier cas, nul doute que la République islamique fera ouvertement part de son premier test comme elle le fit pour ses exploits missiliers et spatiaux.

Fusée spatiale et missile balistique disposent effectivement de technologies communes duales – comme le premier et le deuxième étage aisément interchangeables de l'un à l'autre - car traversant tous deux les mêmes environnements. Cependant, un ICBM (missile balistique intercontinental) ne doit pas seulement transporter une charge nucléaire à très haute altitude, il doit aussi diriger précisément celle-ci vers sa cible grâce à des systèmes de visée et de guidage minimisant le risque d'erreur à fortiori lors de tirs à moyenne ou longue portée. Ce risque est d'autant plus élevé lorsque la structure du missile – en l'occurence le Shahab-3, pour ne citer que celui-ci – ne peut supporter les hautes vitesses et les fortes températures inhérentes aux phases de rentrée dans l'atmosphère. En outre, développer une tête nucléaire présuppose de maîtriser puis de miniaturiser la technologie de l'arme atomique à cette fin. La masse du satellite Omid est d'environ 30 kg, celle du W54 - la plus petite tête nucléaire américaine – avoisine les 25 kg. Plus légères, les classiques têtes nucléaires américaines et russes de seconde génération ont une masse d'environ 700 kg. Malgré leur incontestable audace technique, les atomistes et les aéronauticiens perses ont encore un long chemin à parcourir avant de parvenir à ce stade critique.

De nombreux médias et analystes ont évoqué l'hypothèse selon laquelle Téhéran se contenterait d'un rustique missile-cargo nucléaire ensuite projeté vers quelque trublion occidental, hébreu ou arabe. D'autres ont carrément envisagé l'emport d'une bombe EMP (bombe à pulsations électromagnétiques désactivant les systèmes électroniques et les communications radio de l'adversaire) par un missile iranien à courte/moyenne portée monté sur un véhicule érecteur... Garé dans un parking souterrain à Washington ou à Baltimore ! Preuve est faite que de nombreux journalistes et analystes de défense se passionnent pour James Bond et Jack Bauer.

Dans Comment et pourquoi frapper l'Iranium, j'analysais les multiples facteurs géostratégiques qui ont conforté les guides islamiques et les généraux perses dans leurs desseins atomiques et de facto dans une logique de sanctuarisation territoriale. En voulant conserver et renforcer son leadership militaire au Moyen-Orient par l'arme nucléaire, Téhéran joue clairement un jeu dangereux. Néanmoins, l'aventurisme militaire et la dérive suicidaire ne sont guère prégnants dans l'esprit des ayatollahs. Leur moyenne d'âge plutôt élevée n'est-elle que le fruit du hasard ?


mercredi 4 février 2009

Cyborg Beetle



Vol agile, contrôle stable, faible consommation énergétique, feedback sensoriel, suivi de terrain... Dans tous ces domaines, les insectes volants dament encore le pion aux meilleurs biomimétismes. Plutôt que récréer microrobotiquement ces merveilleuses aptitudes, des scientifiques de l'Université de Californie – financés par le DARPA - ont opté pour une approche hybride : un microprocesseur et un récepteur radio fixés sur le dos d'un vrai coléoptère, six électrodes implantés dans ses lobes optiques et ses muscles de vol... Et un ordinateur portable émettant d'oscillantes pulsations électriques pour initialiser le décollage du Cyborg Beetle, de courtes pulsations alternées pour contrôler le vol, un curseur et/ou un joystick pour changer de direction et d'altitude.

Comparativement à maints insectes, les coléoptères et scarabées ont une meilleure solidité exosquelettique (chitine), un volume corporel plus élevé, une résilience organique plus conséquente et un vol moins complexe, papillons et libellules nécéssitant un streaming continu et sophistiqué de pulsations pour leur maintien dans les airs. Grâce à sa rustique anatomie, le Cyborg Beetle intègre mieux les matériaux microélectroniques et des systèmes ultra-miniatures d'observation comme une caméra et un détecteur thermique. L'armée américaine compte l'utiliser dans des missions de reconnaissance ou de search-and-rescue sur un champ de bataille difficile ou dans une zone contaminée par quelque dépôt radioactif/toxique.

Depuis belle lurette, la société française SILMACH et la Direction Générale de l'Armement ont codéveloppé la Libellule, remarquable microdrone de reconnaissance à ailes battantes de 6 cm d'envergure, de 20 mg de masse, doté de 180 000 nanomuscles artificiels et d'une motorisation électromagnétique (voir cet article de Spyworld Actu)

Du Cyborg Beetle américain à la Libellule française, la révolution microrobiotique militaire ne fait que commencer...