lundi 30 novembre 2009

US-GB : la non-relation spéciale en Irak

Dans les sables mésopotamiens, la mésentente entre les états-majors d'Oncle Sam et ceux de Sa Majesté avait atteint une dimension proprement atlantique.


Le Colonel J.K. Tanner de la Royal Army n'a pas mâché ses mots : « Malgré notre soi-disante relation spéciale, je reconnais que nous n'étions pas traité différemment des Portugais. [...] Le Général Rick Sanchez (US Army) nous a rendu visite une seule fois en sept mois. » Il a ajouté qu'il en fut de même entre lui et son homologue américain de la Green Zone bagdadite.


Sur le plan opérationnel, les états-majors américain et britannique ne s'informaient plus réciproquement de leurs initiatives clés. Ainsi, lorsque l'US Army décida d'appréhender un lieutenant de l'Armée du Mahdi (le fameux Moqtada al-Sadr) dans le secteur british, la Royal Army fut littéralement placée devant le fait accompli. Aussitôt, les troupes de Sa Majesté essuyèrent quotidiennement l'hostilité affichée des habitants de Bassorah et le feu des milices locales.

Le Brigadier britannique Nick Carter : « si nous avions été informés, nous aurions au moins pu préparer le terrain. Au lieu de cela, c'est toute ma zone d'opérations qui s'est embrasée... »


Interviewés et enregistrés par le MoD en 2003-2004 à leur retour d'Irak, de nombreux chefs militaires britanniques notifièrent clairement et affichèrent ouvertement leur colère et leur déception vis-à-vis de leurs pairs américains. Tombés entre les mains du Telegraph, ces retranscriptions d'entrevues et ces rapports post-opérationnels sont actuellement utilisés par la commission Chilcott dans le cadre de l'enquête sur l'intervention militaire menée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni en Irak. En début 2010, de nombreux dirigeants britanniques dont l'ancien Premier Ministre Tony Blair, seront publiquement interrogés sur les décisions prises et leur rôle dans cette guerre.

Nul doute que Gordon Brown ne s'en plaindra guère. Mais revenons aux succulentes et éclairantes confessions des soldats de la Couronne.


« J'ai passé le plus clair de mon temps à éviter ou à refuser les ordres de mes supérieurs américains », explique le Général Stewart de la Royal Army. « Les choses se sont durcies lorsque j'ai refusé de mener une offensive contre l'Armée du Mahdi comme ordonnée (par les les États-Unis). Consécutivement, le Royaume-Uni fut démarché par le proconsul Paul Bremer via le Département d'État auprès de l'Ambassadeur britannique à Washington [...] Notre capacité à influencer la politique américaine semblait minimale […] Il n'y avait même pas de communication sécurisée entre nos quartiers généraux à Bassorah et ceux américains à Bagdad […] En tant qu'unique superpuissance, ils (les États-Unis) ne permettront jamais que leur position soit concurrencée. La négociation est souvent un sale mot. »


Le Colonel J.K. Tanner : « le système entier était épouvantable. Nous avons éprouvé de réelles difficultés à traiter avec les organes militaires et civils américains qui, pour cause d'arrogance d'une part, et de bureaucratie d'autre part, dictent la seule et unique méthode : la méthode américaine […] Maintenant, je me rend compte que je suis un Européen, pas un Américain. Nous essayions de faire notre meilleur possible militairement et administrativement avec nos partenaires européens, et plus souvent avec les Arabes qu'avec les Américains. Les Européens discutaient les uns avec les autres, alors que le dialogue est extraterrestre aux militaires américains [...] Traiter organisationnellement avec eux, c'est comme traiter avec une bande de Martiens […] Pour eux, ce qui ne figure pas dans un diaporama PowerPoint n'existe pas. »


Loin de moi tout anti-américanisme larvé ou primaire, mais je m'en servirais bien quelques pintes de plus...


Sources :

  1. Telegraph : Hostility between British and American military leaders revealed

  2. Telegraph : Iraq war files: leaked reports published in full

  3. Telegraph : Stability Operations in Iraq - an analysis from a land perspective (part one)

  4. Telegraph : Stability Operations in Iraq - an analysis from a land perspective (part two)

  5. Telegraph : Stability Operations in Iraq - an analysis from a land perspective (part three)

  6. Telegraph : Iraq war files: British colonel's scathing attack on 'arrogant, bureaucratic' Americans

dimanche 29 novembre 2009

11 Septembre : le cri des machines


Le sulfureux Wikileaks a publié la communication de plus de 573 000 messages envoyés par des pagers lors de la catastrophe du 11 septembre. Selon le remarquable blog Freakosophy (technologie, science-fiction, BD, culture geek), « ce dernier point explique l'avalanche de signes incompréhensibles qui se révèlent être des messages d'erreur envoyés automatiquement par ou pour les banques situées à l'intérieur des deux tours... On assiste donc à une sorte d'apocalypse numérique qui s'entremêle à la voix des vivants. Et le plus saisissant dans tout cela c'est qu'à travers cet enchevêtrement de lignes on perçoit que le cri des machines domine celui des hommes... »


Extrait d'un fichier (avec des passages humains en gras) :


2001-09-11 09:10:31 Skytel [005345930] C SH/TONE 647-2222

2001-09-11 09:10:31 Skytel [004133383] B SH/TONE 664-2824

2001-09-11 09:10:31 Skytel [004533894] B SH/TONE 338-1708

2001-09-11 09:10:31 Skytel [004693378] A SH/TONE 230-8113

2001-09-11 09:10:31 Skytel [002350990] D ALPHA 2 planes crashed into world trade centre - Kimball Pager

2001-09-11 09:10:31 Skytel [005113344] A ST NUM 0-219-427-1111

2001-09-11 09:10:31 Skytel [007543178] C SH/TONE 212121

2001-09-11 09:10:31 Skytel [002556040] C SH/TONE 668-8343

2001-09-11 09:10:31 Skytel [005429890] A ALPHA 730-2802 (93

2001-09-11 09:10:31 Skytel [005131786] C ALPHA TWO PLANES HAVE CRASHED INTO THE WORLD TRADE CENTER IN NEW YORK WE ARE TOLD POSSIBLY 737 DO NOT KNOW IF THEY ARE COMMERCIAL. DISPATCHERS ARE IN THE PROCESS OF ACCOUNTING FOR ALL O

2001-09-11 09:10:31 Skytel [004682125] D ALPHA Call 609-282-0512 NOW URGENT / Barbano

2001-09-11 09:10:31 Skytel [007539468] D ST NUM -

2001-09-11 09:10:33 Arch [1616628] B ALPHA 697-6539

2001-09-11 09:10:33 Arch [1425048] C ALPHA Manager:ERROR CONNECTING:192.168.35.97 : www36 connectToServerPort:socket/socket timed out at /home/crdtdrv/creditderivatives/script/MPfetchData.pl line 342, chunk 180831.

2001-09-11 09:10:33 Metrocall [1829704] C ALPHA PLEASE CALL HOSPITAL OPERATOR 861-8888

2001-09-11 09:10:33 Metrocall [0957623] B ALPHA Second plane has hit second tower

2001-09-11 09:10:33 Metrocall [1414493] D ALPHA PAGE UPDATE NEWS BULLETIN: NEW YORK: A SECOND PLANE CRASHES INTO THE WORLD TR

2001-09-11 09:10:33 Metrocall [1585856] A ALPHA Test Message of Stat Pager

2001-09-11 09:10:33 Skytel [007008152] C ST NUM 455-555-5555-5555

2001-09-11 09:10:33 Skytel [005055131] C ALPHA @09:03 CMC/VZ ECHOS/A SO VTAM CONNECTION HAVE BEEN RESTORED. XCICPD00 (AOR) TO VIMSLU01(PDVI). SUPPORT ARE STILL INVESTIGATING.(NO IMPACT REPORTED). (T1677905)(EOM)

2001-09-11 09:10:33 Skytel [004132245] B ST NUM 544-4444 (43

2001-09-11 09:10:33 Skytel [004109589] B ST NUM 1-386-789-8520

2001-09-11 09:10:33 Skytel [004451350] B ST NUM 866-321-1001

2001-09-11 09:10:33 Skytel [005343896] C SH/TONE 1 (50

2001-09-11 09:10:33 Skytel [005131786] C ALPHA UR AIRCRAFT. WILL UPDATE AS INFO AVAIL.JOHN BOICOURT OCC/MGR

2001-09-11 09:10:33 Skytel [007548313] C SH/TONE 986-0701

2001-09-11 09:10:33 Skytel [005360913] A ST NUM 0-414-692-2460-0500

2001-09-11 09:10:33 Skytel [005522451] A ST NUM 567-7891 (58

2001-09-11 09:10:33 Skytel [002747039] D SH/TONE 409701

2001-09-11 09:10:33 Skytel [004343312] A ALPHA NOT R4811 U2675. MOD_ADUA_COATZA_CTBK. DSO FUERA DE SERVICIO. TELMEX PIDE APOYO EN SITIO. NO ACTIVA DIAL UP. SEV 1. EDS

2001-09-11 09:10:35 Arch [0564500] B ALPHA PHA66 LARRY EATON PLS CALL YOU KNOW (401) 723-8418 May I verify your info?: YES

2001-09-11 09:10:35 Metrocall [1361405] D ALPHA Event OJULIOV:DiskFull HRS2 SAD15 Dump CLEARED Node:hurhost2.iadb.org Disk Full:

2001-09-11 09:10:35 Metrocall [1414493] D ALPHA ADE CENTER. BOTH TOWERS ARE ON FIRE...

2001-09-11 09:10:35 Metrocall [0076961] A ALPHA Ellen has tried to get Derek, Brock, & Mark but unable to get through, their floors are at the top

2001-09-11 09:10:35 Skytel [004133411] A ST NUM 312-896-1086 (53

2001-09-11 09:10:35 Skytel [002282529] A SH/TONE 825-6250

2001-09-11 09:10:35 Skytel [003703074] A ST NUM 872-9935 (52

2001-09-11 09:10:35 Skytel [002153761] A ST NUM 905-000-6411

2001-09-11 09:10:35 Skytel [005345198] D ALPHA 226-6425

2001-09-11 09:10:35 Skytel [002849954] A ST NUM 1) 292-6103

2001-09-11 09:10:35 Skytel [003346086] B ST NUM 216-241-3428

2001-09-11 09:10:35 Skytel [002562473] C ST NUM 715-360-5605

2001-09-11 09:10:35 Skytel [004744362] C ST NUM 264-582-1911

2001-09-11 09:10:35 Skytel [004684585] C SH/TONE 7

2001-09-11 09:10:35 Skytel [005056163] A ALPHA B

2001-09-11 09:10:35 Skytel [005113762] A SH/TONE 968-3183

2001-09-11 09:10:35 Skytel [004091564] D SH/TONE 694-0204

2001-09-11 09:10:35 Skytel [002377768] C ST NUM 703-614-4369 (28

2001-09-11 09:10:36 Metrocall {1108304} 2 2400 this is INCREDIBLE!!! a 2nd plane just hit the 2nd tower...it looked like a 727!....

2001-09-11 09:10:37 Arch [1607352] C ALPHA BWDNGAES BOWDON DRYER/FUSE ALARMS//002 POWER COMPRESSOR ALARM A/B FAILURE//Clear//09/11/01//09:02

(...)

2001-09-11 09:10:40 Arch [0418604] D ALPHA 8662410352

2001-09-11 09:10:40 Arch [1008791] B ALPHA 07-IMPORTANT, PLS CALL HOME WHEN YOU CAN. I LOVE YOU.


Découvert via Freakosophy (Wikileaks : la taupe sort du bois !), à lire dans Wikileaks : 9/11 tragedy pager intercepts.


jeudi 26 novembre 2009

Et si Israël frappait « l’Iranium »?



Une petite analyse des risques liés à une action militaire contre la Perse atomique, un survol prolongé des motivations stratégiques de Téhéran … Et une lueur d’espoir trop souvent oubliée.


Une version réactualisée et augmentée de plusieurs articles déjà publiés dans Électrosphère, à lire dans Alliance Géostratégique.


mercredi 25 novembre 2009

Identité nationale sans histoire-géographie ?


Quand les choses prennent une tournure aussi tragique qu'ubuesque. Résumons. Le Ministère frenchy de l'Éducation tationale a décidé de supprimer l'histoire et la géographie comme matières obligatoires en classe de terminale scientifique (bac S). Aussitôt, mes alliés Athéna et Moi, EGEA et La Plume & le Sabre dégainèrent plus vite que leurs ombres. À juste titre. Quand on est membre d'Alliance Géostratégique, c-à-d féru de géopolitique et de stratégie depuis l'adolescence, on positionne immédiatemment Yongbyong, Ispahan, Luanda et Juarez sur la carte.


Cependant, c'est à l'aune de « l'identité nationale » et de la globalisation que j'apprécie particulièrement la suppression de ces deux matières scolaires dans la filière scientifique.

Je reprend ici les récents propos de Jacques Attali dans son blog :

    « L’identité, c’est comme l’amour : plus on le théorise, moins on sait ce que c’est. Et, en général, on en débat d’autant plus qu’on ne sait plus le vivre.

    [...]

    Six éléments caractérisent l’identité d’un peuple, quel qu’il soit : un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun. Aucun de ces éléments n’est stable. Tous évoluent avec le temps. La France fut chrétienne ; elle est laïque. La France fut monarchiste ; elle est républicaine. Et aujourd’hui, toutes ces dimensions sont remises en cause par le mouvement du monde : l’effacement des frontières, en particulier en Europe, remettant en cause l’idée même d’un territoire identitaire ; le nomadisme croissant des Français comme des étrangers ; la présence croissante, sur le territoire national, d’autres langues, d’autres cultures, d’autres façons de vivre ; l’universalisation des valeurs, autour des droits de l’homme et de liberté individuelle, qui en fait disparaitre le caractère national; et, enfin, dans l’individualisme ambiant, l’incertitude quant à l’existence d’un destin commun .

    […]

    De tout cela il résulte que, à terme, la seule chose qui définira durablement l’identité d’une nation, c’est sa langue, et la culture, la façon de penser le monde, qu’elle implique. La langue française conduit à penser, à écrire, à vivre, de façon claire, simple, directe, précise, logique, binaire. Elle trouve sa source dans l’harmonie des paysages et conduit à une symétrie des mots, à un équilibre des concepts, qu’on trouve déjà dans les textes des inventeurs de cette langue, de Rachi de Troyes à Blaise Pascal, de Chrétien de Troyes à Montaigne, de Marcel Proust à Léopold Senghor.


D'ores et déjà, la langue française agonise dans le secondaire : « Si 14% s'en tirent avec la moyenne, un élève sur deux a fait plus de 15 fautes, et un élève sur trois plus de 20 ! 80% de ces fautes sont des fautes de conjugaison et de grammaire, c'est-à-dire des fautes qui concernent la logique même de la langue. »

La suppression de cette dictée quasiment jugée « traumatisante » est de plus en plus évoquée. Au fait, où est passée la fameuse dictée de Bernard Pivot ? Dans la trappe de la « bienpensance » ou sous les roues du bulldozer mercatique ? Comment penser sa propre culture, percevoir le monde et agir en conséquence lorsque la langue est autant négligée dans l'apprentissage comme dans l'enseignement ?

Ne nous leurrons point : stress du bac scientifique oblige, les ados en phase terminale délaisseront bel et bien les options histoire et géographie afin de consacrer plus de temps aux mathématiques, à la physique, à la chimie et à la biologie. Pourtant, ces probables scientifiques ou techniciens seront tôt ou tard plongés dans des enjeux sci-tech aujourd'hui complètement pluri-nationaux, européens et/ou globalisés : environnement, épidémiologie, transports, espace, recherche & développement, gestion des risques et des crises, etc.


Profitez donc de cette triste occasion pour acquérir illico les manuels d'histoire, de géographie et de dictée à leurs prix normaux : dans quelques années, seuls les collectionneurs se les arracheront à prix d'or. À quoi bon débattre d'une identité nationale dont les matières premières se négocieront aux enchères sur eBay ?


En savoir plus :

  1. Athéna et Moi : Comment les terminales S vont répéter les erreurs du passé

  2. EGEA : Pour l'histoire et la géographie obligatoire en terminale S

  3. La Plume et le Sabre : La suppression de l'Histoire et de la Géographie du programme des terminales S, une erreur dramatique

  4. Jacques Attali : Le génie du français

  5. TF1/LCI : Education - Dictée : naux enphan son nulle !


lundi 23 novembre 2009

Afghanistan : statistiques de guerre


Dans Information is not beautiful: Afghanistan, The Guardian offre une présentation statistique aussi intuitive qu'éclairante sur les nombres et les facteurs de pertes civiles et militaires (OTAN, SMP, police et armée afghanes, etc), de dégâts causés par les IED et sur divers éléments depuis 2006.

Les raids aériens nocturnes constitueraient-ils le plus grand danger pour les populations ? La drastique réduction des « pertes collatérales civiles » en 2009 doit-elle aux nouvelles règles d'engagement de l'US Air Force ?


jeudi 19 novembre 2009

Une manoeuvre distribuée contre l'ennemi hybride

Le blog « allié » Athéna et Moi a récemment évoqué les opérations distribuées comme une des clés probables de la lutte contre une techno-guérilla.

Sur ce même thème, les théoriciens militaires australiens Justin Kelly et Mike Brennan ont publié une étude titrée Distributed Maneuvers : 21st Century Offensive Tactics, expliquant qu'une manoeuvre distribuée vise essentiellement à « engager un combat rapproché selon ses propres termes » contre un ennemi hybride ou irrégulier, de surcroît fermement préparé à affronter une force militaire conventionnelle.

L'exemple le plus souvent cité est celui du Hezbollah qui a réussi :

- à tromper lourdement le renseignement israélien (humain comme électronique) pendant plus de six années,

- à infliger de très sévères dégats aux véhicules blindés de Tsahal avec des armes portables et des IED,

- à absorber l'impact de plus 9000 sorties pour près d'un mois de frappes aériennes effectuées par les chasseurs de l'Israeli Air Force,

- à exploiter le théâtre urbain pour contrer significativement un assaut mené par trois divisions israéliennes,

- et ce, grâce à la détermination et à l'ingéniosité de 3000 combattants seulement.


Cependant, l'allié Mars Attaque rappelle que ces opérations ne datent point d'hier, elles ont simplement été remises au goût du jour par les penseurs aussies, estimant que « la manoeuvre distribuée est la seule possible contre un pair technologique, et la seule efficace contre une ennemi hybride ».

Si « Athéna » et « Mars » jouaient plus souvent aux jeux vidéos de STR (stratégie en temps réel), ils sauraient d'emblée que les manoeuvres distribuées marchent très fort contre un adversaire informatique ou humain; les choses se compliquant méchamment lorsque les belligérants usent tous de cette méthode. M'enfin, camarades : ne testez-vous donc jamais quelques concepts stratégiques/tactiques dans les mondes virtuels même pour le fun ?

mercredi 18 novembre 2009

Combien d'univers multiples dans l'Univers ?


Il y aurait environ 10^10^10^7 univers multiples... Et peut-être autant de versions parallèles de votre personne. Malheureusement, nos capacités cérabrales limitent drastiquement notre perception. De quoi frustrer les fans de science-fiction.


Selon Bettini Stefano du CNRS, « les scénarios d'univers multiples sont monnaie courante dans la physique des hautes énergies et en cosmologie, bien que bon nombre de spécialistes les considèrent comme des spéculations audacieuses. Quoi qu'il en soit, il n'existe pas de théorie unique ou de modèle unifié d'univers multiple. On trouve plutôt un nombre considérable de propositions théoriques qui sont mutuellement incompatibles. Ce qui est commun à tous ces scénarios, c'est l'existence postulée de plusieurs régions causalement disjointes de l'espace-temps (ou même d'espace-temps complètement séparés les uns des autres) et le fait de considérer l'univers observable comme étant atypique dans une perspective globale. »

En fait, la recherche fondamentale en physique a souvent recours aux univers multiples pour expliquer des phénomènes comme la fameuse matière noire ou les super-cordes, pour ne citer que ceux-ci.


D'où viendraient ces univers multiples ? Un petit roman de nos origines cosmiques s'impose... Avec ce qu'il faut de simplification et de terminologie en vogue histoire d'offenser les puristes de la physique. J'en rigole déjà.

Le Big Bang fut d'abord et surtout « une singularité » qui généra des fluctuations quantiques dans l'état primaire de notre univers. Dès ses premières nanosecondes, l'univers connut une phase d'hyper-inflation dans laquelle « des pertubations initiales furent gelées », créant différentes conditions initiales dans plusieurs régions du cosmos qui aurait chacune leurs propres lois de la physique. D'où l'idée d'univers multiples ou plus simplement d'Univers multiple (multiverse en anglais)...

... D'où l'hypothèse sci-fi selon laquelle d'autres versions de nous-mêmes existeraient dans ces univers parallèles qui, de temps à autre, s'interconnectent et offrent des opportunités de passage à celui disposant de la technologie adéquate. Pour plus de détails, veuillez consulter les professeurs Walter Bishop et William Bell. Dans la mesure du possible, évitez un monde bassement terrestre dans lequel l'Allemagne nazie aurait développé l'arme atomique en pôle position.

Combien d'univers multiples sont apparus lors des premiers instants du cosmos ? Les physiciens Andrei Linde et Vitaly Vanchurin postulent que leur nombre est proportionnel aux effets causées par les pertubations initiales et dépend fortement de ce que nous définissons comme univers multiple. Après maints calculs fondamentalement inacessibles à nos misérables cervelets, les deux esprits établissent que le nombre de variations possibles de ces pertubations détermine le nombre maximal d'univers multiples... Qui s'éleverait à environ 10 puissance 10 puissance 10 puissance 7 (10^10^10^7) soit 1 suivi de 700 zéros !

Combien d'univers multiples pouvons-nous observer ? La réponse n'est pas si simple car les capacités de traitement de l'information par l'observateur entrent considérablement en jeu, et ce, compte tenu du volume maximal d'informations qui peut être contenu à l'intérieur de n'importe quel volume d'espace (cf. la limite de Bekenstein) et des limites du cerveau humain.

Selon les deux professeurs de Standford, si notre cerveau absorbe un volume maximal de 10^16 bits d'informations durant toute notre vie terrestre, il dispose donc d'un maximum de 10^10^16 configurations différentes. Consécutivement, il ne peut percevoir plus de 10^10^16 réalités différentes de la nôtre, ne peut mémoriser autant de données afférentes et ne peut encore moins appréhender les effets inhérents à la dilation relativiste du temps sur une telle échelle.


10^10^16 configurations cérébrales différentes, c'est déjà pas mal. 10^10^10^7 univers multiples, c'est beaucoup trop pour vous, pauvres mortels ! En plus clair, les fantastiques aventures de Star Wars, de Star Trek, de Stargate et de Battlestar Galactica n'ont eu lieu que dans notre univers connu et/ou imaginable. Minable.

Nos capacités biologiques nous limitant donc à 10^10^16 univers multiples, les académies scientifiques feraient bien de recruter illico des professeurs extraterrestres provenant de civilisations scientifiquement et technologiquement très supérieures à la nôtre. Pour ma part, afin de mieux appréhender ces casse-têtes multiples, je me contenterais amplement d'un dîner avec la ravissante cylonne Numéro Six ou la charmante agente Olivia Dunham du FBI dans quelque univers alternatif proprement désert...

En savoir plus :

  1. Andrei Linde, Vitaly Vanchurin : How many universes are in the multiverse?

  2. Bettini Stefano : A cosmic archipelago : Multiverse scenarios in the history of modern cosmology (Presses Universitaires du Mirail-Toulouse)

  3. The Epoch Times : Multiple Dimensions: Between Superstrings and Parallel Worlds

  4. Anthony Aguirre, Max Tegmark : Multiple universes, cosmic coincidences, and other dark matters


vendredi 13 novembre 2009

Clones: une métaphore post-humaine avec Bruce Willis

Très souvent empreints d'une profondeur et d'une vision, les blockbusters de science-fiction en disent long sur la société humaine et ses rapports avec la technologie. Avec Clones (titré Surrogates dans sa version originale), le réalisateur Jonathan Mostow - metteur en scène de U-571 et déjà réalisateur de Terminator 3: Le Soulèvement des Machines – ne déçoit pas. Pas du tout.


Dans ce métrage de 85 mn, « deux agents du FBI enquêtent sur le meurtre mystérieux d'un étudiant, qui semble lié à l'homme qui a contribué à mettre au point une invention qui s'est imposée dans toute la société : les gens peuvent désormais acheter des versions robotisées d'eux-mêmes, des doubles sans défaut qui, commandés à distance, effectuent leurs tâches à leur place et leur permettent de vivre par procuration sans quitter le confort et la sécurité de leur domicile. Cette révolution technologique soulève beaucoup de questions, dont la première va vite devenir préoccupante: dans un monde d'apparences qui est réel, à qui peut-on faire confiance ? » (cf. Premiere)


2017. Les êtres humains voient, ressentent, agissent et interagissent dans la vie réelle par l'entremise de leurs clones-robots. Rues, transports et lieux de travail ne sont occupés que par des avatars biomécaniques plus beaux, plus jeunes et plus athlétiques que leurs maîtres, très rapides et ultra-précis dans leurs mouvements et plutôt rudes avec le moindre « biologique » qui traîne. Quand un homo sapiens n'est pas en train de manger ou d'uriner at home, il neurocommande en permanence son clone-robot grâce à une interface adaptée et s'exempte ainsi de la moindre interrogation existentielle. Toutefois, d'irréductibles conservateurs considèrent ces extensions « clonobotiques » comme de véritables abominations et refusent fermement de jouer le jeu.

Je doute fort que les chefs-cuisiniers et les tenanciers de bars apprécient cet univers.

Qu'en est-il de moi avec mon smartphone, mon ordinateur, mes chats, mes SMS et e-mails, mes réseaux sociaux, mes téléchargements de musique et de films et mes achats sur Amazon et eBay ? Quand un courriel m'agace, je le marque aussi sec comme spam, quand un nouvel « ami » m'exaspère, je le bloque sans autre forme de procès.


Le film aborde également l'usage militaire et criminel des clones-robots qui peuvent éliminer physiquement des êtres de chair et de sang ou « s'entretuer » à partir de centres de contrôle évoquant surtout des salles de jeux vidéo... Tels des opérateurs de drones Predator qui détruisent et tuent à très longue distance ? Auriez-vous donc oublié que leur boulot consiste d'abord et surtout à se débarrasser de leurs semblables ? Ici, je pose un regard uniquement éthique et moral, et délaisse volontairement ma vision stratégique ou technologique des choses.

« Humanity distance from civility by technology » ou quand la technologie enveloppe et imprègne la vie quotidienne, les rapports humains, le crime, la guerre et la destinée collective.


mardi 10 novembre 2009

La transformation de l'air en eau potable devient réalité

À Sainte-Tulle (04), Marc Parent a inventé une éolienne capable de satisfaire les besoins en eau de la planète [...] Dans son atelier, à Sainte-Tulle (04), ce « géotrouvetout » de 43 ans a mis plus de dix ans afin de mettre au point un prototype éolien, aujourd’hui en parfait état de fonctionnement.

[...]

L’humidité de l’air ainsi captée se condense. Le mat, converti en réservoir, stocke l’eau collectée et, en fin de circuit, des filtres à particules la rendent potable. Il ne reste plus qu’à ouvrir le robinet pour se servir un verre ! Fini les périodes de sécheresse meurtrière en Australie, vaincues les maladies véhiculées par l’eau croupie en Inde, terminés les kilomètres sous un soleil de plomb pour trouver une source terreuse en Afrique…

[...]

Contacté par de grandes puissances mondiales, Marc Parent attend aujourd'hui des réponses d'industriels indiens et américains afin de produire son invention en série et ainsi faire baisser les coûts, car « pour aider les plus pauvres, il faut vendre la technologie aux plus riches afin qu'ils la commercialisent, confie-t-il. Au Texas et en Californie, ils connaissent bien la sécheresse. Au Moyen-Orient, ils ont recours au dessalement qui pollue et modifie les écosystèmes. Ce n'est pas viable à long terme! »

[...]

Transportable avec la possibilité d’un montage sans grue, un petit modèle (avec tout de même une capacité de 800 litres par jour) peut être couplé à des panneaux photovoltaïques, à des lignes électriques ou à un générateur « pour faire de l’eau à tout prix, sans vent ni soleil. En cas de catastrophe naturelle, les ONG peuvent approvisionner les populations sinistrées immédiatement en eau et en énergie ! »

[...]

« Deux en un », son éolienne extraordinaire produit de l’eau mais aussi des watts. « Quand on a un air sec la journée et humide le soir, on peut s’en servir pour faire de l’électricité le jour et de l’eau la nuit par exemple. » Incroyable mais vrai ! Grâce à son invention, une révolution énergétique est en marche. L’eau n’est désormais plus une denrée rare.


Découvert dans LaProvence.com via mon partenaire Youvox Avenir. À lire de toute urgence !



vendredi 6 novembre 2009

Du logiciel-espion au raid aérien

Comment le Mossad a-t-il obtenu les plans détaillés d'une installation nucléaire syrienne ultra-secrète ? En piratant l'ordinateur portable d'un officiel syrien avec une clé USB, selon Der Spiegel.


Automne 2006. Ignorant complètement qu'il était suivi de près par les renseignements israéliens depuis son arrivée à Londres, un haut responsable syrien s'installa dans un hôtel près de Kensington et fit preuve d'une incroyable imprudence: il quitta sa chambre pour la soirée sans emporter son PC portable. Constatant son absence, les agents hébreux s'introduisirent dans ses appartements, trouvèrent son ordinateur et copièrent aisément toutes les données recherchées... Qui n'étaient même pas cryptées ! Grâce à un logiciel-espion sur clé USB, les données « aspirées » furent directement transmises à des ordinateurs du Mossad basés dans la capitale britannique. S'agissait-il d'une version améliorée de CSI USB Stick à très haut débit de transfert et connectable à un réseau sans fil sécurisé (wi-fi, GSM, CDMA, etc) ?


Le Mossad ne fut point déçu: localisation précise à Al Kibar, maquettes, phases successives de construction, canalisations, station de pompage, conduites d'évacuation, installations internes, etc. Le tout agrémenté de centaines de photos numériques prises à l'intérieur et à l'extérieur de la petite centrale nucléaire ! Dans cette orgie d'informations à très haute valeur ajoutée, les renseignements israéliens identifièrent facilement Chon Chibou et Ibrahim Othman: le premier est une figure de proue du programme nucléaire nord-coréen et ingénieur-en-chef à la centrale nucléaire de Yongbyong, le second est le directeur du Commissariat à l'Énergie Atomique syrien. Aussitôt, tous les voyants du Mossad et d'AGAF HaModiin (renseignements militaires israéliens) concernant la Syrie passèrent au rouge. Ces informations de source numérique furent complétées par la CIA (grâce à un transfuge iranien clé), par les renseignements électroniques d'AGAF HaModiin et par le satellitte israélien Ofeq-7. En septembre 2007, l'Israeli Air Force effectua un raid particulièrement ingénieux qui détruisit complètement l'installation nucléaire syrienne.


Au-delà des aspects technologiques et militaires, on peut s'interroger sur la culture cybersécuritaire des hauts fonctionnaires syriens, qui commettent exactement les mêmes imprudences que leurs homologues des cinq continents et de nombreux cadres du sci-tech/militech. En s'éloignant significativement de leurs PC portables/PDA et donc de leurs données confidentielles trop souvent non-cryptées, ils déroulent un immense tapis rouge aux cyber-espions qui n'en demandaient pas tant. Le redoutable logiciel-espion USB Evil Maid – pour ne citer que celui-ci - n'a pas été nommé ainsi par hasard: il a été conçu précisément pour être utilisable par une femme de ménage (maid en anglais) ayant quelques notions d'informatique.

Dès lors, si vous exercez dans un secteur sensible et/ou hautement concurrentiel et négligez grandement votre cybersécurité personnelle et professionnelle, à l'avenir, ne soyez point surpris par ce produit rival qui tombe à pic, ce sabotage subi à un moment fatidique, cette compétitivité qui s'effrite... Ou ce raid ennemi qui fait mouche au premier coup.


Lors de la lecture du remarquable article Der Spiegel couvrant quasiment toute l'opération israélienne, mon attention a également porté sur l'intégration volontaire ou indirecte du cyber-espionnage low-tech dans un tout cohérent comprenant renseignement (de source humaine/électronique), diplomatie, stratégie militaire et conduite des opérations.


En savoir plus :

  1. Der Spiegel: How Israel Destroyed Syria's Al Kibar Nuclear Reactor

  2. Haaretz: Mossad hacked Syrian computer to uncover nuke site

  3. Électrosphère: Le raid cyber d'Israël en Syrie

  4. Électrosphère: Le cyber-espion préfère Evil Maid (sur clé USB)