vendredi 29 janvier 2010

L'impossible croissance sans fin

La croissance économique est la condition nécéssaire à notre survie. C'est du moins à cela que nous sommes conditionnés depuis notre plus tendre enfance. Qu'en est-il si cette quête perpétuelle entrave nos objectifs environnementaux ? Selon la New Economics Foundation (NEF), la croissance économique est restreinte par les ressources naturelles limitées de notre planète (la biocapacité), à l'image de l'efficacité maximale d'un moteur restreinte par les lois de la thermodynamique. Ce qui n'implique point que nous devrions cesser de consommer mais inventer de nouveaux modes de croissance sans pour autant augmenter notre consommation.



Cet impossible hamster me semble illustrer parfaitement la contradiction entre croissance et environnement. Malheureusement, je crains que la révolution macroéconomique tant souhaitée ne soit point pour demain car chacun veut bien s'y mettre... en dernière position.


NEF : Growth isn't Possible - Why rich countries need a new economic direction



mercredi 27 janvier 2010

Effacer sa vie privée de son disque dur

Certaines tribus d'Afrique ou d'Asie refusent d'être filmées, persuadées qu'elles sont que la caméra s'appropriera une part de leur âme. Si seulement elles savaient ce qu'il en est actuellement de votre merveilleuse machine et de vous...


Ghost in the drive

Votre disque dur est un véritable auxiliaire de police : de Firefox à MS-Office en passant par Adobe Reader et The Gimp, il enregistre tout ce que vous faites en ligne et hors-ligne.Quant à votre corbeille Windows/Mac, un logiciel d'expertise informatique – comme ceux conçus par Access Data et coûtant environ 1300 euros par licence – saura lui tirer les verres du nez en quelques minutes.


Tel un policier scientifique évitant soigneusement de contaminer un scène de crime, le logiciel Access Data n'insère aucune donnée ou un aucun code malicieux dans la machine à analyser. En fait, plutôt que transiter par le système d'exploitation, il recrée un fichier-image personnalisé du disque dur complet en s'adressant directement à la couche d'amorçage et à la table d'allocation de fichiers (ou FAT : file allocation table) qui trient les fichiers par nom, par extension, par type, par catégorie, par date de modification, etc. Si le disque dur n'est pas crypté, votre vie numérique devient claire comme de l'eau de roche.

Fichiers photo/vidéo/textes, e-mails, achats en ligne, recherches sur Google/Bing, historique internet et cache du navigateur web... que vous croyiez pourtant avoir effacés. Détrompez-vous : l'expert informatique reconstituera votre parcours sur la toile grâce à un éditeur hexadécimal !


Ghostbusters

Heureusement, les outils anti-expertise informatique ne sont plus seulement l'apanage des hackers, ils sont également très utiles à toute personne souhaitant protéger quelque peu sa vie électronique offline. Voici quelques trucs et astuces simples et efficaces qui planteront des applications de computer forensics telles que Encase ou FTK, pour ne citer qu'elles :


  1. Le cryptage du disque dur avec Bitlocker (Windows), FileVault (Mac) ou TrueCrypt (Windows/Mac/Linux) peut rebuter de nombreux utilisateurs lambda. Toutefois, je recommande vivement ces logiciels – qui ne sont point invincibles mais hautement sécurisants – aux plus ou moins geek. De plus, si jamais votre ordinateur est perdu ou volé, ses données confidentielles demeureront très difficilement accessibles à une tierce personne.

  2. Ccleaner est n'est pas devenu aussi populaire par hasard : fichiers temporaires, historique internet, cookies, historique de téléchargements, entrées de formulaires, mots de passe, fichiers index.dat, fichiers log, documents récents, anciennes entrées de registre, etc. Déchets et traces numériques sont définitivement et savamment nettoyés. Après avoir installé Ccleaner, cliquez sur Options, puis Propriétés, cochez la case Nettoyez automatiquement l'ordinateur au démarrage, et sélectionnez Effacement sécurisé DoD, NSA ou Gutmann.

  3. Eraser dispose des mêmes fonctions que Ccleaner, mais il peut également être utilisé en remplacement de la corbeille car il efface lourdement (en mode sécurisé) un fichier spécifique et son espace disque laissé vacant.

  4. Boot & Nuke est une arme de suppression massive qui peut littéralement transformer votre ordinateur en un boîtier aussi vide qu'inutile. Les bons hackers ont toujours un CD-Rom de Boot & Nuke dans leurs ordinateurs et sont constamment prêts à appuyer sur le bouton reset en cas d'urgence. À bon entendeur... Après l'avoir téléchargé et copié sur un CD-Rom, insérez-le dans votre lecteur et redémarrez votre machine : données et systèmes d'exploitation de tous les disques durs seront rapidement et intégralement effacés en mode sécurisé. Quand vous en aurez fini avec votre ordinateur, passez-le sous les fourches caudines de Boot & Nuke puis réinstallez le système d'exploitation (au cas vous envisageriez de revendre votre joujou) ou brisez son disque dur avec un marteau.

  5. Vos disques durs internes, mémoires USB et cartes SD doivent avoir leurs espaces vides régulièrement nettoyés par un logiciel d'effacement sécurisé.

  6. Visitez le site Howtowipeyourdrive pour choisir le logiciel d'effacement sécurisé le mieux adapté à vos besoins.


Plus nos passons de temps avec ces merveilleuse machines, plus elles en savent sur nous mieux que quiconque. Nous n'avons certes que très peu de contrôle sur nos données personnelles en ligne mais nous devons au moins prendre quelques petites précautions adéquates afin de protéger nos vies électroniques hors-ligne.

samedi 23 janvier 2010

Excès de confiance et modèle mathématique

Guerres mondiales, guerres du Vietnam, d'Irak et d'Afghanistan, crashs financiers et gestions des crises ont un dénominateur commun à blâmer : l'excès de confiance.


Telle est la conclusion des professeurs Dominic Johnson (université d'Edinburgh) et Jam Fowler (université de Californie) en science politique et en relations internationales dans The Evolution of Overconfidence.


D'ores et déjà, notre confiance dérive trop souvent en excès de confiance dans les conditions psychologiques suivantes :


  • nous sommes toujours sûrs de prendre la bonne décision,

  • la suffisance dicte notre conduite,

  • nous rejetons la moindre objection ou la moindre alternative,

  • la moindre critique nous agace,

  • nous sommes certains d'être ouverts et sensibles.


À la lecture de tout ceci, je me pose sérieusement quelques questions sur ma personne.


De nombreuses études ont révélé que l'excès de confiance est l'une des choses les mieux partagées par ces misérables terriens. N'êtes-vous pas persuadé d'être meilleur conducteur que vos pairs compte tenu notamment de votre (soi-disant) temps de réaction plus bref ? Une illusion aussi universellement répandue qu'archi-fausse dans sa réalité statistique.

Grâce un modèle mathématique – un enième, passablement imbuvable pour les néophytes, nos deux théoriciens démontrent que l'excès de confiance constitue tout de même un atout face à des concurrents normalement confiants. En plus clair, si la récompense potentielle est au moins deux fois plus bénéfique que le coût de la concurrence, l'excès de confiance devient la meilleure stratégie car elle dope l'ambition, le moral, la détermination et la persévérance. L'excès de confiance est donc la meilleure solution pour maximiser les profits sur les coûts quand les risques sont incertains.

Johnson et Fowler vont plus loin : l'excès de confidence augmente avec le degré d'incertitude. Ainsi, des individus déjà normalement confiants dérivent d'autant plus aisément vers l'excès de confiance que le risque est élevé. C'est effectivement le cas dans les relations internationales impliquant des événements complexes et distants et une pluralité de cultures et de langues, ainsi que dans le marketing des TIC, la gestion bancaire et la spéculation boursière.


Au plus fort de la crise financière de l'automne 2008, j'avais brièvement décrit dans Krach flow comment l'analyse-gestion boursière hi-tech des banques et des fonds d'investissement était devenue moins efficace que le simple bon sens d'un conseiller financier de banlieue. Au fil des ans, la simplification graduelle de l'analyse-gestion des risques (malgré des outils informatiques ultra-perfectionnés) et la sophistication constante des produits dérivés – un cocktail molotov dévastateur ! - s'étaient sournoisement dissimulées entre le fauteuil et l'écran plat du trader. Dans un marché financier où les taureaux prennent vite de l'avance sur les ours en empruntant davantage pour maximiser les profits - amplifiant consécutivement les risques d'erreurs ou de biais dans leurs analyses-gestions à moyen/court terme, l'excès de confiance gagne très vite du terrain. Le krach financier aussi.


Les travaux des deux universitaires laissent imaginer ce qui a pu se passer dans les cortex de l'administration W. Bush lorsqu'ils ont lancé l'armée américaine à l'assaut de l'Irak. Bon nombre d'entre eux étant issus des milieux pétroliers texans, ont-ils été sujets à quelque réductionnisme en matières de relations internationales, de stratégie et d'administration territoriale notamment du fait de leur culture pétrostratégique bien huilée ?

Au fait, comment amoindrir quelque peu la nuisibilité rampante de l'excès de confiance dans une société qui, en plus de surestimer ses capacités propres, ne rêve que de « risque zéro » ou de « zéro mort » ? Le comportement humain est-il réellement quantifiable ou prédictible en termes mathématiques ? Pourquoi ne pas poser ces questions aux anciens salariés de la défunte banque Lehman Brothers ?


Dominic Johnson et Jam Fowler : The Evolution of Overconfidence


mercredi 20 janvier 2010

Une cyberguerre froide dans la Cité Interdite




Depuis les débuts du web, les infomédiaires (Google, Yahoo! et Microsoft dans le monde, Baidu et Tencent en Chine) et les réseaux sociaux (Facebook, Myspace, Friendfeed, LinkedIn) sont à la fois des vecteurs et des cibles de choix pour des intrusions et des attaques en ligne. L’interopérabilité croissante de ces plate-formes (du web 2.0 à l’internet mobile) et l’amélioration constante de leurs services intégrés ne font que renforcer cette tendance.

[…]

D’où la question suivante : qui a tenté de nuire aux relations diplomatiques entre la Chine et l’Iran en faisant accuser ce dernier ? Un État parfaitement respectable ou une constellation hacktiviste ? Pourquoi la Chine n’a-t-elle pas adressé une plainte officielle à l’Iran ou émis une simple jérémiade de forme ? Pourquoi Baidu a-t-il porté plainte (devant un tribunal de New York !) contre son fournisseur américain Register.com de nom de domaine ? Et si « quelqu’un » avait exercé quelques représailles graduées contre Google en réponse à la paralysie infligée à Baidu (48 heures avant le scandale déclenché par la firme de Mountain View) ? L’affaire Google-Chine n’est-elle qu’un des plus visibles épisodes d’une cyberguerre froide par infomédiaires interposés ou instrumentalisés ?

Lire l'intégralité dans Alliance Géostratégique


samedi 16 janvier 2010

L'Europe, paradis fiscal du crime et du terrorisme ?

Des individus comme Loretta Napoleoni forcent littéralement le respect et l'admiration. Cette spécialiste italienne de la finance et du terrorisme international a autant de perspicacité que d'humour : « j'ai voulu comprendre ce qui avait incité ma meilleure amie à rejoindre les Brigades Rouges, et j'ai voulu savoir pourquoi elle n'a jamais tenté de me recruter [...] Mettez en doute la parole des médias, mettez en doute ma parole. »



Lors d'une conférence organisée par les fameux TED Talks (voir ce résumé vidéo de 15 mn), elle explique comment les organisations criminelles et terroristes se financent de concert en utilisant les mêmes circuits de blanchiment d'argent, au point de générer une « dark economy » estimée à 1,5 trillion de dollars US (soit deux fois le PIB du Royaume-Uni)... et qui s'est déplacée des Etats-Unis vers l'Europe à cause du Patriot Act ! Une bonne nouvelle pour le Vieux Continent ?

Cette économie parallèle est-elle pour autant une des causes majeures de la crise financière de 2008-2009 ? Mes doutes sur ce point ne m'empêcheront guère de lever très haut mon pouce pour vos travaux, Mme Napoleoni...


En savoir plus :

  1. Café Babel : Loretta Napoleoni : « L’Europe ? Un grand paradis fiscal ! »

  2. Youtube : Loretta Napoleoni au Parlement Européen (intervention en langue italienne)


mercredi 13 janvier 2010

Et si l'internet disparaissait ?

À quoi ressemblerait notre vie quotidienne si le net s'éclipsait définitivement pour X ou Y raison ? Comment les internautes se réadapteraient-ils ? Comment réinventer un système d'information aussi global et efficace ? Plusieurs participants d'une compétition photographique (organisée par le satirique Cracked.com) ont joliment imaginé les conséquences d'un tel manque dans ce diaporama.


Cliquez sur l'image pour accéder au diaporama


Quand j'étais enfant et adolescent, l'internet et la téléphonie mobile n'existaient pas et nous n'étions pas plus heureux (ou moins malheureux) qu'aujourd'hui. Toutefois, je suis peut-être devenu « technoxicomane »
car je ne conçois plus ma vie personnelle, intellectuelle et professionnelle sans ces deux technologies. Un éventuel retour à la lettre manuscrite, à la photographie argentique, à l'infographie analogique et à la seule téléphonie fixe - sans compter les inconvéniences logistiques inhérentes ! - me fait littéralement grincer des dents...

Cracked.com : The World of Tomorrow (If The Internet Disappeared Today)


mardi 12 janvier 2010

Un panzer-robot à 100 km/h pour 760 000 dollars

Le Ripsaw fait du 0 à 100 km/h en 3,5 secondes ! Ses concepteurs : un conseiller financier et un contremaître passionnés de mécanique



Les jumeaux Geoff et Mike Howe (34 ans) ont une indécrottable manie du bricolage : en 2000, lls se lancèrent dans la fabrication d'une suspension adaptée pour un micro-blindé alors équipé d'une motorisation Nascar dérivée. Tous les ingénieurs militech consultés leur assénèrent qu'il est impossible de dépasser les 70 km/h du char Abrams. Chiche ! En outre, point besoin d'épais blindages pour protéger des occupants : leur véhicule robotisé pourra donc se lâcher en termes de vitesse et de légèreté. Conçu en 2004, le Ripsaw est une véritable brute : plutôt que recourir à une intelligence artificielle pour contourner des obstacles - de 130 cm de haut ! - il passe tout simplement dessus.



Les deux frères furent ensuite repérés par la sénatrice Susan Collins du Maine (lors d'une exposition automobile à Washington) qui leur obtint une grosse subvention auprès du Pentagone. Quelques mois plus tard, la start-up Howe & Howe Technologies naquit et implémenta quelques upgrades à son démonstrateur. En 2007, l'Army’s Armament Research Development and Engineering Center (ARDEC) collabora avec eux afin d'intégrer une mitrailleuse M240 au robot-panzer. La production en masse a débuté à l'été 2009. Prix unitaire du Terminatrix blindé : 760 000 dollars.

À ce tarif, on en verra peut-être bientôt sur cet autre champ de bataille que sont les vidéos de hip-hop...


En savoir plus :

  1. Next Big Future : Ripsaw Robotic Tank

  2. Popsci : Ripsaw Tank Delivers Death at 60MPH

samedi 9 janvier 2010

Du darwinisme quantique à la réalité observable

Le darwinisme quantique est un concept aussi étrange qu'intéréssant émis par le physicien Wojciech Zurek du Los Alamos National Labs (Nouveau Mexique). Les scientifiques exerçant dans cet état ont toujours apprécié les multiples jeux et enjeux de l'infiniment petit...

NB : Nous nageons ici en pleine et pure théorie. En outre, je ne suis guère convaincu par mes propres explications. Considérez donc cet article comme une thérapie personnelle en ligne... et accrochez-vous !

Sur le plan théorique, Zurek a tenté d'identifier une transition ou d'établir un point de passage entre l'univers macroscopique obéissant aux règles classiques et l'univers quantique obéissant à ses « curieuses » lois.

Pour de nombreux physiciens, notre univers macroscopique (c-à-d celui palpable et/ou observable) n'est ni plus ni moins qu'une nuisance pour l'univers quantique. Ainsi, si un objet quantique parfaitement isolé conserve éternellement l'information qu'il contient, celle-ci disparaît dès interaction avec le monde macroscopique, et le système étudié avec. En plus clair, l'observateur « fausse la donne » car il modifie ce qu'il observe.

D'où l'anedocte scientifique : « l'observateur fait partie du système », et son illustration théorique par le célèbre chat de Schrödinger.


Pour Zurek, il en va autrement : l'univers macroscopique serait un canal d'information dont certaines propriétés inconnues à ce jour, détiennent les clés d'une théorie du darwinisme quantique. En effet, les instruments d'observation/de mesure captent l'information à partir de ce canal... à l'image de vos yeux captant actuellement une fraction de photons émis par un écran d'ordinateur ou percevant une fraction de photons réfléchis par votre table.

Le darwinisme quantique repose sur l'idée suivante : notre vision classique de l'univers est déterminée par des états quantiques qui survivent à un processus de sélection et de multiplication par l'univers macroscopique. Celui-ci serait donc à la fois « le filtre de sélection, le vecteur multiplicateur, le récipient final et le résultat finalisé de ces états quantiques. »

L'autre énigme consiste à déterminer la nature profonde de ce processus, ainsi que son mode et ses critères de sélection / multiplication. C'est ici qu'intervient le physicien indépendant John Campbell dans son étude Quantum Darwinism as a Darwinian process, basée en grande partie sur les recherches de Zurek.

« Le darwinisme quantique (un processus de multiplication de l'information de certains états favorables qui semblent être un facteur de vie quantique) est-il, d'une certaine façon, en arrière-plan de la fameuse sélection naturelle ? Je ne peux répondre à cette question mais je ne résiste encore moins à la soulever ». Wojciech Zurek

Une infinie matière à réflexion pour les passionnés de philosophie et de métaphysique... et des maux de tête à ne plus en finir pour moi.


vendredi 8 janvier 2010

Renseignement : du télégénique à l'éthique

L'allié Joseph Henrotin déplorait dans son blog que le renseignement en Europe continentale ne fasse point l'objet d'études académiques comme c'est le cas chez la Perfide Albion et chez Oncle Sam.

Bienvenue en Europe continentale, Joseph ! Le renseignement, « c'est sombre, c'est crade et c'est limite barbouze ». Du moins, telle est la perception qu'en ont les opinions « continentales ». Toutefois, leurs gouvernements n'entreprennent guère l'effort mercatique nécéssaire afin de changer cette perception... Pour des raisons assez compréhensibles dès lors qu'on emprunte leurs lunettes historiques et leurs chaussures politiques.

Il en est de même au cinéma et à la télévision où les services de renseignement européens sont très peu visibles, même dans une dimension purement fictive. Par maints aspects, ces médias en disent long d'abord sur les rapports entre une nation et ses services de renseignement, ensuite sur la perception globale qu'a son opinion des menaces sécuritaires.

Lire la suite dans Alliance Géostratégique


mercredi 6 janvier 2010

US Navy : les sous-marinières embarquent

Les sous-marins américains auront désormais des femmes à bord. Bienvenue dans la mixité en profondeur !


Depuis la fin de la guerre froide, l'US Navy Submarine Force (USNAVFOR) est confrontée à la baisse continue des candidatures pour ses équipages de sous-marins. Depuis 2001, c'est la ruée pour devenir GI Joe / GI Jane en Afghanistan ou en Irak. Au sein de la Naval Academy, les sous-marins ne séduisent que très peu les futurs officiers, porte-avions et frégates ayant apparemment plus de sex-appeal. La qualité de l'air du grand large entrerait-elle en jeu ?

À ce jour, 15% de l'effectif total de l'US Navy est composé de femmes opérant uniquement à bord des bâtiments de surface et des avions de combat (sur porte-avions) mais bannies des sous-marins. Selon un sondage ouvert effectué par le webzine Military.com - très majoritairement lu par des jarheads masculins - 78% des votants se prononcèrent contre l'introduction de femmes à bord des sous-marins alors jugée trop problématique.


Depuis fort longtemps, la culture US Navy cristalllise de fortes résistances à l'incorporation de la gente féminine dans les équipages de subs, ceci pour des motifs relevant beaucoup plus de l'opérationnel que du psychologique. En effet, à l'image de leurs compagnons de surface habitués depuis 1993 à la présence féminine, les sous-mariniers ont toujours été persuadés que des femmes peuvent parfaitement « faire le boulot ». En 2008, Ann E. Dunwoody fut la première femme promue Général 4 étoiles à l'US Army qui compte déjà 21 générales une étoile, dont quatre au grade de brigadières-générales. Un sous-marin nucléaire étant conçu pour durer une quarantaine d'années, rien d'étonnant donc à ce qu'il soit manoeuvré tôt ou tard par des équipages mixtes.

Toutefois, la base des sous-mariniers semble nettement plus réticente qu'une hiérarchie aussi pragmatique que déterminée. À l'USNAVFOR, ces réticences sont nettement plus prononcées au sein des équipages de sous-marins d'attaque (comme les 11 bâtiments SSN de la Classe Virginia), engins de taille plus réduite, aux espaces plus confinés et aux effectifs moindres que ceux des sous-marins lanceurs de missiles nucléaires (comme les 18 bâtiments américains SSBM de la classe Ohio).


Analysons tout de même les arguments avancés par ceux qui s'opposent aux women in subs, car même le Defense Advisory Committee on Women in the Services (DACOWITS) – qui milite et travaille efficacement pour l'intégration des femmes dans les armées - admet volontiers la complexité de la mixité en profondeur.


Le premier argument porte sur la promiscuité lors de missions s'étendant sur plusieurs mois. Un équipage de 113 à 167 membres - respectivement pour un hunter (SSN) et pour un boomer (SSBM) - doit vivre dans un tube complètement hermétique aussi grand qu'une maison de dimension moyenne, dormir dans d'exigus dortoirs à plusieurs lits juxtaposés, très souvent échangés par rotation, et partager des douches/WC se comptant sur les doigts d'une main. Le meilleur voire l'unique endroit pour se changer est précisément ce dortoir où on est rarement seul...

D'où le second argument : le réaménagement conséquent des sous-marins afin de les adapter aux besoins de la frange féminine de l'équipage. Or, ce réaménagement a un coût d'abord sur le plan budgétaire notamment en période de vaches maigres, puis sur le plan ergonomique du fait de l'exiguïté déjà prononcée d'un boomer et d'autant plus d'un hunter. De quoi entraver quelque peu les capacités opérationnelles des bâtiments, selon plusieurs cadres de l'USNAVFOR.

Le troisième argument porte sur la nécéssité d'établir des plans de carrière adéquats pour ces futures sous-marinières et d'adapter le « management » de ces effectifs mixtes dans tout le corps marin : encadrement médical, couverture médicale et sociale, retraites, suivi familial, soutien psychologique, uniformes, etc. En outre, de nombreuses épouses de sous-mariniers craignent d'éventuelles infidélités de leurs conjoints avec des compagnes d'armes du fait de la promiscuité et/ou de la « fraternisation » inhérents à la vie quotidienne en profondeur. Maintes futures sous-marinières appréhendent le risque de harcèlement moral ou sexuel, réalité marginale créant tout de même quelques remous au sein des forces américaines en Irak et en Afghanistan. Mais il en faut beaucoup plus pour dissuader l'USNAVFOR et le DACOWITS dans leur initiative.


Question à 30 noeuds : peut-on réellement flirter en toute tranquilité ou harceler sexuellement quiconque en toute impunité en présence constante des potes, a fortiori dans une boîte à sardines à 130 mètres de profondeur ? Le rendez-vous galant ou le méfait n'est-il pas plus probable sur la terre ferme qu'en immersion ? Par ailleurs, n'omettons jamais que les rapports entre compagnons et/ou compagnes d'armes (tous corps d'armes confondus) relève beaucoup plus d'un solide, durable et charmant compromis entre amitié profonde, amour platonique et respect mutuel. De la fraternité, tout simplement.


Le quatrième argument, et non le moindre, concerne le risque de grossesse. Le Pentagone, l'US Navy et le DACOWITS s'accordent tous sur le fait qu'une grossesse soit totalement incompatible avec l'engagement dans le Silent Service, et ce, peu importe qu'elle soit désirée ou accidentelle. Motifs : 1/ l'accumulation du dioxide du carbone dans l'air respirable du sous-marin constitue un réel danger pour le foetus (en particulier lors de ses trois premiers mois), 2/ l'inéluctable exposition à des radiations même faibles (sous-marin nucléaire = réacteur nucléaire à bord) l'est encore plus. Plusieurs hauts gradés de l'US Navy souhaitent vivement que l'engagement d'une sous-marinière soit assorti d'une condition draconienne : l'obligation de se soumettre à un plan de contraception (injections ou implants sous-cutanés) durant toute la carrière en mer. Parfaitement conscient des risques, le DACOWITS ne rechigne pas.


Cependant, d'autres arguments plaident largement en faveur des sous-marinières.

Les expériences mixtes à bord des sous-marins norvégiens, australiens et espagnols (à propulsion diesel) sont aujourd'hui très convaincantes. De plus, l'US Navy a longuement et finement analysé les expériences mixtes au sein des équipes scientifiques de stations polaires (Arctique, Antarctique) et des équipages de la NASA et de la Station Spatiale Internationale; trois cas de figure où la mixité des personnels et les conditions de vie sont plus ou moins similaires à celles des sous-marins. Enfin, les corps d’armes aériens et terrestres et les bâtiments de surface n’ont accusé aucune défaite ou n’ont commis aucune bavure suite à quelque particularité de la gente féminine dans leurs rangs…

L'US Navy s'oriente donc vers une intégration à la fois graduelle et expérimentale des sous-marinières qui effectueront leurs premières missions à bord des SSBM. En effet, la reconfiguration des boomers se révèle un peu moins problématique et a priori moins onéreuse : 4 à 5 millions de dollars par bâtiment. Au fur et à mesure de l'expérience mixte dans divers bâtiments sur plusieurs années, l'US Navy réadaptera son management interne et réajustera les coûts de réaménagement à l'ensemble de sa flotte sous-marine. Machine avant toute !


En savoir plus :

  1. Military.com : JCF Chief: It's Time Women Served On Subs

  2. Military.com : Navy Set to Crew Subs with Female Sailors

  3. USA Today : Could women sink U.S. Submarines ?

  4. Defensetech : Adapting Women to Subs

  5. USS DevilFish : Women in Submarines - Tailhook at Test Depth?

samedi 2 janvier 2010

Les années 2000 : d'Al-Qaïda à Facebook




"Bienvenue dans l’ère asymétrique, vive la guerre 2.0, longue vie aux conflits irréguliers ! En direct sur Youtube, Flickr, Facebook, Twitter et Wikipédia… Et sur Wikileaks, canard déchaîné du net."

Lire l'intégralité dans Alliance Géostratégique

Au nom de l'équipe d'Alliance Géostratégique, j'adresse nos meilleurs voeux pour l'année 2010 à tous nos lecteurs de par le monde.