vendredi 14 avril 2017

Autour de la diplomatie Tomahawk d'Oncle Donald (Blog Mix)

Dans la nuit du 7 avril 2017, une salve d’une soixantaine de missiles de croisière Tomahawk - tirés par la marine américaine au large de la Méditerranée - a frappé la base aérienne syrienne de al-Sharyat, dans la province de Homs. Il s’agit de la réponse américaine à l’attaque au gaz survenue le 4 avril à Khan Cheikhoun, une localité située de la région d’Idlib, et imputée par Washington au régime syrien.




Syrie: un rendez-vous déjà raté pour Moscou et Washington (Igor Delanoë, EchoRadar / L'Opinion) : "Cette action semble cependant avoir mis en évidence des lignes de fracture au sein du Conseil national de sécurité. Qu’à cela ne tienne, Steve Bannon – un des plus proches conseillers de Donald Trump – en a été écarté quelques heures avant les frappes qu’il ne devait pas approuver. Une décision très certainement saluée par le satisfecit des détracteurs – et ils sont nombreux – de celui qui est présenté comme l’éminence grise du président américain. A travers ces bombardements, Donald Trump porte par ailleurs un coup supplémentaire au legs de Barack Obama qui, en 2013, avait fait marche arrière et refusé au dernier moment d’engager la force contre le régime syrien qu’il avait accusé auparavant d’avoir employé des armes chimiques [...] L’attaque américaine sert aussi au président Trump à faire « passer la pilule » auprès de ses contempteurs du double tournant récent qu’il a engagé au Moyen-Orient : l’abandon officiel de l’objectif de changer le régime à Damas et le renouveau des relations avec l’Egypte du maréchal al-Sissi. Quelques jours avant l’attaque chimique, la Maison Blanche avait fait savoir par son ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley, et son secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, qu’il revenait au peuple syrien de décider du sort de Bachar al-Assad. Les missiles Tomahawk n’ont fondamentalement pas remis en question ce virage ; ils l’ont en fait entériné. [...] Les Etats-Unis ont par ailleurs calibré leur action punitive afin qu’elle revête un caractère déterminé sans pour autant qu’elle ne risque de provoquer une escalade avec la Russie et qu’elle ne les entraîne un peu plus dans le conflit syrien. Mise en difficulté par ses opposants depuis son accession au pouvoir, l’administration Trump pourrait en fait capitaliser sur ce « coup d’éclat » inattendu – et sur la disgrâce qu’il a entraînée de Steve Bannon – et notamment obtenir une plus grande marge de manœuvre dans ses relations avec Moscou. Côté russe, le principal message à retenir est celui que le nouvel occupant de la Maison Blanche semble plus enclin à recourir à la force que son prédécesseur. En outre, si de prime abord l’initiative américaine peut sembler embarrassante pour le Kremlin, elle l’a néanmoins aidé à se sortir de la situation délicate dans laquelle il s’est retrouvé suite à l’attaque chimique du 4 avril qui l’a placé dans une situation d’inconfort vis-à-vis de son allié syrien."


lundi 30 janvier 2017

Quand le rançongiciel verrouille les serrures électroniques d'un hôtel

Depuis quelques mois, le « rançongiciel » (ou ransomware) déboule avec fracas sur le théâtre de l'insécurité informatique. Ce malware distribué par la pièce jointe (fichier ZIP, Word ou PDF) d'un courriel ou par des sites Web piégés provoque le chiffrement de tous les fichiers d’un terminal / serveur, de ceux accessibles en écriture sur les dossiers partagés en réseau local et de ceux archivés sur les espaces de stockage en ligne (Google Drive, Dropbox, etc).


En 2016, le système informatique du Hollywood Presbyterian Medical Center (Los Angeles, Californie) fut victime d'un rançongiciel nommé Locky. Confronté à l'illisibilité de ses données médicales, l'hôpital transféra plusieurs centaines de patients vers des établissements voisins et dut payer la rançon de 40 bitcoins (environ 15 000 €) exigée par les cybercriminels. En 2015, le laboratoire français d'analyses LABIO subit un sort identique, refusa de payer la rançon mais décrypta tout de même ses fichiers.

mardi 24 janvier 2017

Zbiegniew Brzezinsky brise son échiquier et prône un rapprochement US-Russie-Chine

Dans la fureur des duels électoraux, un article publié au printemps 2016 par Zbiegniew Brzezinski est passé complètement inaperçu. Dans « Toward a Global Realignment » (The American Interest), le plus influent artisan de la politique étrangère américaine recommande vivement aux Etats-Unis d'assumer leur repli et de se réconcilier avec la Russie et la Chine afin de « redéfinir une architecture mondiale du pouvoir »... et de gérer conjointement les futurs risques et crises sécuritaires dans le monde arabo/musulman en particulier, et dans le tiers-monde en général. 


Zbigniew Kazimierz Brzezinski est né en 1928 à Varsovie (Pologne). Son père diplomate était en poste au Canada lorsque le pacte germano-soviétique fut signé et ne put donc rentrer avec sa famille au bercail. Plus tard, « Zbieg Brzez » épousa  Emilie-Anne Benes, nièce de l'ancien président tchécoslovaque Edvard Benes. Ce parcours personnel expliquerait-il, parmi d'autres facteurs, son aversion profonde pour l'URSS et/ou la Russie ?

Après avoir consacré sa carrière académique à étudier le totalitarisme soviétique et à forger une vision géostratégique sur le rôle prépondérant de l'Amérique dans le monde, Brezinski gravit les échelons au département d'Etat et en devint le secrétaire sous l'administration Jimmy Carter (1977-1981). Il fut également membre du Council of Foreign Relations (CFR), du National Endowment for Democracy (NED), de divers think tanks et organismes spécialisés dans la défense et/ou la politique étrangère, eut l'oreille du président George Bush père au plus fort de la chute de l'URSS, et conseilla le futur président Barack Obama en affaires étrangères au cours de sa campagne électorale.

samedi 21 janvier 2017

La dissidence ultralibérale et isolationniste de la "Trump Team" (audio)

L'émission Auditions (Vu du Droit) reçoit Chibel Elsabeh, maître de conférences en macroéconomie à l'université Paris III. À contre-courant des analyses un peu trop souvent passionnées ou partisanes, ce professeur d'économie décrit clairement la cohérence des visions et ambitions de l'administration Trump en matières de politique étrangère, de défense, d'économie, d'énergie, de commerce et de finance. 


Cette administration fraichement investie à la tête des Etats-Unis peut être qualifiée de "néo-reaganienne", et joue à dessein sur son imprévisibilité de façade afin de pousser ses futurs interlocuteurs à la négociation. Les élites dirigeantes en Europe, en Russie, en Chine et au Moyen-Orient feraient bien de s'abonner à Twitter... 


jeudi 19 janvier 2017

L'impossible vérité sur le piratage du Parti Démocrate et les hackers russes

Quelques semaines après l'élection de Donald Trump, les agences américaines de renseignement ont publié une synthèse sur le piratage du Parti Démocrate par des hackers russes et la transmission à Wikileaks des emails dérobés en vue de nuire à la campagne électorale de Hillary Clinton. Malheureusement, la crédibilité de ce rapport fut vite cannibalisée par la culture du secret et par les pesanteurs stratégiques et industrielles de la cybersécurité et du renseignement électronique. 


Publié en décembre 2016 par plusieurs services américains de sécurité (FBI, CIA, DNI, DHS, US-CERT), le rapport Grizzly Steppe était d'abord et surtout un produit dérivé des conclusions de CrowdStrike et de Fire Eye, firmes spécialisées dans la cybersécurité et l'expertise informatique. 

Ce document évoque « 
une activité cyber malicieuse russe », décrit quelques fondamentaux de la guerre d'information made in Russia, et compile des signatures de malwares génériques, des botnets, des fuseaux horaires, des adresses IP et des services Web (Tor, Google, Dropbox, Yahoo!) couramment utilisés par des hackers et des spammers du monde entier... et connus depuis belle lurette par les experts en sécurité informatique qui avaient hâte d'analyser de véritables « indicateurs de compromission » (indicators of compromise) caractérisant précisément la cyberattaque l'intrusion et attribuant incontestablement celle-ci à des hackers russes.

mercredi 11 janvier 2017

Autour du Franc CFA, monnaie de singe ?

Le maintien de l'Afrique francophone dans la zone monétaire CFA doit énormément aux rentes de situation exploitées par la Banque de France et par les élites africaines.


Paradoxalement, les premiers partenaires commerciaux de la France en Afrique n'appartiennent pas à la zone CFA mais sont le Nigéria, l'Angola et l'Afrique du sud, tous dotés de leurs propres monnaies. En outre, le commerce entre les deux zones CFA (UEMOA en Afrique occidentale, CEMAC en Afrique centrale) demeure très faible, essentiellement à cause de cette devise, comme le décrit cette vidéo de #Datagueule.


Dans un entretien à France 24 (12 mn), l'économiste togolais Kako Nububkpo et co-auteur de « Sortir l'Afrique de la servitude monétaire » (éditions La Dispute) dévoile la dimension littéralement carcérale de cette monnaie, considérée comme « un outil de servitude volontaire » (sic).